29 février 2008
A propos des élections municipales
La guerre des chefs, des super-chefs et des sous-chefs
Nous allons bientôt procéder à l'élection des conseils municipaux, c'est-à-dire des maires, les conseillers n'ayant d'autre fonction que de consacrer le chef de faction qui les avait nommés en les inscrivant sur sa liste. On appelle ça la démocratie, dans ce que d'aucuns croient pertinent de baptiser "République". C'est ainsi que l'on institue des chefferies moyenâgeuses, des espèces de tyrannies communales. Comme toutes les institutions républicaines les municipalités revêtent une apparence démocratique, une fiction derrière laquelle se développe un pouvoir exécutif hypertrophié associé à une absence totale de contre-pouvoir. Avec comme conséquence de valoriser les tempéraments autoritaires plutôt que les petites natures coopératives d'un côté, les comportements obséquieux et serviles plutôt que l'esprit critique et la capacité à se remettre en cause de l'autre. Il est à cet égard significatif que la plupart des candidats au mandat de maire reprochent au titulaire du poste de se comporter en tyranneau municipal, tout en se gardant bien de dénoncer le système qui produit ces petites tyrannies auxquelles ils aspirent pour leur propre compte.
Lier la désignation du conseil municipal à celle de maire revient immanquablement à abolir a priori ledit conseil. Sachant que le conseil est élu au scrutin de liste majoritaire à deux tours, que la tête de liste de la liste arrivée en tête (!) raflera au minimum les deux tiers des sièges, enfin que le maire est le premier magistrat de la commune, celui qui contrôle tous les pouvoirs, sachant tout cela il est inévitable que l'enjeu se concentre sur les têtes de liste. Les candidats qui accompagnent la tête de liste ne sont donc plus des candidats à part entière mais les colistiers du candidat maire placé en tête de liste, ce qui revient à faire des simples conseillers élus des obligés de monsieur le maire, puisque ils ne doivent leur place qu'à la victoire de ce dernier. Finalement l'élection du maire par le conseil municipal est bien une fiction démocratique, de fait ce n'est pas le maire qui est désigné par les conseillers mais les conseillers qui sont nommés par monsieur le maire qui avait eu la gentillesse de condescendre à les coucher sur sa liste.
Ce système merveilleusement républicain de pouvoir personnel pourrait durer indéfiniment n'étaient les intercommunalités. Celles-ci ont été constituées d'abord dans les grandes villes, dont le territoire excède généralement le périmètre de la commune qui les a vues naître, afin de rationaliser un certain nombre de politiques comme l'urbanisme ou les transports publics. Elles se sont ensuite étendues aux petites villes et aux cantons ruraux à tel point que près des neuf dixièmes des communes sont affiliés à une communauté de communes (généralement des communes rurales ou des petites villes de moins de 100 000 habitants), d'agglomération (la plupart concernent des grandes villes de moins de 500 000 habitants), urbaines (les métropoles de plus de 500 000 habitants). C'est très important les intercommunalités, paraît-il que ça permet de mutualiser les moyens et d'améliorer l'action publique au niveau locale. Des arguments de vente imparables pour camoufler une hausse de l'imposition locale accompagnée d'un accroissement des capacités financières des maires. En transférant des compétences mais pas tous les budgets relatifs, les maires s'octroient ainsi des moyens au service de leur munificence (financée par le contribuable), laquelle bénéficiera à telle association sportive, cultuelle ou culturelle, tel emploi de médiateur pour quelques "jeunes" d'un quelconque quartier, etc.; toutes bonnes actions susceptibles de s'avérer utiles lors d'un second tour qui se jouera peut-être à 2 ou 3 % prêts.
Le hic dans l'affaire, c'est qu'il se trouve des méchants pour médire comme quoi il est absurde d'élire directement des maires qui contrôlent de 20 à 50 % des budgets locaux et pas les présidents de communautés qui gèrent de 50 à 80 % de ces budgets. Sans compter le torchon qui tient lieu à la République de constitution et qui stipule que l'impôt ne peut être levé que par une instance élue au suffrage universel. Argument superfétatoire comme le président de la République vient de nous le rappeler à l'occasion de la censure des articles de la loi sur la rétention de sûreté relatifs à l'effet rétroactif de la mesure. On est quand même en République, la constitution tout le monde s'en tape, l'important c'est ce que veut et décrète le super-chef qu'on appelle président: au pire les ectoplasmes de l'Assemblée et du Sénat rectifieront le torchon. Les principes constitutionnels n'ont pas à troubler le bon fonctionnement des institutions républicaines. Le vrai problème c'est cette superstition indécrottable qui contraint à organiser des élections pour désigner les dirigeants et les législateurs.
Depuis 10 ans l'affaire traînasse. La réforme devait être établie pour les élections de 2001, puis avant celles de 2007 qui se tiennent en fait en 2008 (la République!) mais rien ne point à l'horizon. C'est que c'est pas facile. Que vont devenir les chefs si on élit des super chefs au-dessus d'eux ? Ils vont être malheureux, peut-être même qu'ils vont se laisser mourir. Deux chefs pour une même fonction locale, c'est un de trop. A moins d'organiser des duels de chefs comme dans les westerns, je ne vois pas d'autres solutions. Le pouvoir personnel ne peut pas se partager, ce qui provoque des maux de tête à nos grands féodaux de droite comme de gauche, puisque il est bien entendu qu'il est hors de question de remettre en cause le principe républicain d'attribution à un chef tous pouvoirs sur la collectivité dont il a la charge.
Comme la décision prise à la suite de l'instauration du quinquennat d'organiser les élections législatives juste après la présidentielle, dans l'idée que, fort logiquement, les électeurs se prononceraient au mois de juin dans le même sens qu'au mois de mai, ce qui transforme les députés en obligés du président auxquels ils doivent leur mandat, et comme la réforme des conseils régionaux (réformés sur le modèle très-républicain des municipalités) l'ont montré il y a quelques années ce principe du chef tout-puissant est le fondement de toute gouvernance républicaine. Aucun contre-pouvoir ne doit attenter à la volonté du chef, ni institutionnel ni populaire. Comment faire alors ? Le super chef national qui déciderait d'instituer ces super chefs intercommunaux s'attirera inévitablement les foudres des chefs communaux condamnés à dépérir. Or le super chef national, tout super chef et national qu'il est, n'en est pas moins un grand féodal qui a besoin du soutien de ses féaux régionaux, départementaux, communaux (les plus nombreux) dans la lutte qu'il poursuit contre les autres grands féodaux qui voudraient bien devenir à leur tour super chef national. Décapiter ses vassaux et vavassaux ne me semble pas constituer un moyen efficace de s'imposer dans la guerre de factions à quoi se réduit la "vie politique" française. Quel dilemme!
En m'en revenant de Maastricht
Les Belges grondent, en tout cas le gouvernement, à cause que des gros dégueulasses hollandais, cyniques exploiteurs des bassesses humaines, ont décidé d'ouvrir un supermarché des drogues douces à Maastricht, ville hollandaise frontalière de la Belgique. Ils ont bien raison, les ministres belges, parce que des fois, quand on est un peu partis, on se met à avoir des idées bizarres, éventuellement anti-républicaines. Heureusement que le royaume de Belgique s'agite avant que la République française ne croule suite à une accumulation de délires politiques subséquents à l'inhalation ou à l'ingestion de substances toxiques, toxiques pour le pouvoir des chefs de clan qui se partagent la grande République que nous sommes priés d'adorer.
Pour tout dire il est superflu de se rendre à Maastricht pour trouver la solution au dilemme qui agitent nos chefs: il suffit de supprimer les chefs et leur motifs de querelles. C'est très simple, nul besoin pour ce faire d'une guillotine.
D'abord commencer par liquider les intercommunalités d'une façon simplissime: transformer chaque intercommunalité en commune à part entière, les communes actuelles devenant des arrondissements. Les arrondissements assumeraient les compétences qu'avait conservées les anciennes communes au sein de l'intercommunalité, en supprimant les doubles compétences (genre "la communauté de communes s'occupe de l'habitat d'intérêt communautaire, la commune s'occupe de l'habitat d'intérêt communal") qui existent dans le système actuel au profit de la nouvelle commune élargie, laquelle disposerait seule du pouvoir de fixer et de lever les impôts locaux, les budgets arrondissementaux seraient assurés par des transferts financiers de la commune.
Ensuite rayer du vocabulaire français le mot "maire" en confiant le gouvernement municipal à un conseil exécutif de 5 membres élus au suffrage universel direct par les électeurs de la commune, lequel conseil fonctionnerait de façon collégial sans qu'aucun membre ait la prééminence sur les autres. Créer un véritable conseil municipal indépendant de l'exécutif en procédant de la manière suivante: dans chaque arrondissement serait élu un certain nombre de conseillers (par exemple 1 pour mille habitants, ou pour 10 000, etc. selon la démographie de la commune) qui seraient chargés d'administrer l'arrondissement qui les élit, d'une part, et qui, d'autre part, se réuniraient en séance plénière pour former le conseil municipal chargé de voter le budget municipal, les arrêtés, les nominations de responsables administratifs municipaux, etc. Pendant qu'on y serait on pourrait ramener à 4 ans la durée des mandats, ce qui me semble largement suffisant, et fixer à 12 ans au maximum la possibilité de siéger au sein du conseil exécutif d'une même commune.
Je ne prétendrai pas qu'une telle réforme institutionnelle établirait un système parfait mais au moins qu'il contribuerait à démocratiser les instances locales, en affaiblissant le pouvoir personnel et en diminuant le prestige qui en découle pour ses détenteurs. Un maire tout-puissant et sans opposition peut toujours plastronner et s'approprier les bénéfices du travail de ses sous-fifres, et tout ce qui survient de positif dans la ville même quand ça ne dépend pas de la commune, il peut arroser sa clientèle puisque le conseil lui est soumis et donc le budget. Mais dans un collectif de 5 conseillers exécutifs élus aucun ne peut poser au demi-dieu puisque, si chacun gère tel ou tel secteur de l'administration, les décisions doivent être entérinées par le conseil exécutif; le budget étant voté par une assemblée indépendante le risque de dépenses clientélistes serait tout de même plus faible que dans le système actuel. En outre, partager le gouvernement municipal entre 5 élus contribuerait à désacraliser la fonction exécutive.
27 février 2008
Adresse à la jeunesse, afin qu'elle n'oublie pas
Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Etc.
On ne saurait mieux dire que Charles Aznavour dans La Bohème. Ainsi je me souviens de ce temps pas si lointain de mon enfance, des années 70/80. Et je tremble et frissonne, comme stupide au ressouvenir de nos existences horribles dans la France de cette époque.
Alors nous n'avions pas dans nos poches cette monnaie forte, qui nous rend à tous la vie si douce. A vrai dire nous n'avions rien en poche, hormis quelques très rares privilégiés disposant de quelques francs, qui sous son matelas qui à la banque, pour les gens de la grande ville essentiellement car le mot banque nous était inconnu, à nous autres gens de l'Orne, du Pas-de-Calais ou de l'Ariège. Le franc c'était le sous-développement, les salaires infinitésimaux...Avec l'euro, quelle prospérité! tout a changé. Désormais notre économie n'est plus sujette aux aléas de la conjoncture américaine, nous sommes autonomes au plan monétaire. Avant on disait "quand l'Amérique s'enrhume la France chope la pneumonie". Maintenant ce temps est révolu comme chacun le constate: la crise américaine n'a aucun impact sur les économies européennes et l'euro n'est plus ce jouet pour enfants qu'on appelait le franc, lequel fluctuait en fonction des décisions du président de la réserve fédérale américaine, grimpant quand les Américains voulaient que leur monnaie perdent de la valeur et descendant quand ils souhaitaient leur dollar fort. Alors la Banque de France était soumise au gouvernement et au parlement. L'intrusion des dirigeants élus démocratiquement par la foule hystérique minait sans cesse la santé de l'économie, au détriment des pauvres (qui représentaient bien 90% de la population française). C'était l'horreur, des décisions incohérentes, dues à un mépris absolu de l'intérêt général. Heureusement la Banque Centrale européenne est arrivée pour nous sauver. C'en est fini désormais de la collusion et de la corruption généralisée, la monnaie n'appartient plus à une caste l'utilisant à fin de servir ses seuls intérêts égoïstes. Rationalité, indépendance, impartialité...sont les mots d'ordre de la BCE, des mots qui guident l'action salvifique des grands esprits et nobles âmes régentant la monnaie de l'Europe et de la France.
Et puis, dans le temps, les prix étaient contrôlés, les gens mouraient de faim. A tel point que dans les écoles le gouvernement faisait distribuer des petites briques de lait, pour les enfants (et ils étaient nombreux) qui n'avaient rien à manger à la maison. Pour beaucoup c'était le seul repas de la journée mais cela ne suffisait pas toujours. Tant et si bien qu'il ne nous était pas rare de voir un de nos camarades s'affaissait dans la cour de l'école ou sur son pupitre: évanoui diront les jeunes gens naïfs de nos jours; non, tout simplement morts d'inanition, morts de faim! Tout ça parce qu'à l'époque le commerce n'était pas libre à cause de ce salaud de gouvernement qui voulait tous nous contrôler. Contrairement aux nouvelles générations repues, protégées par les traités européens signés, dans un de leurs trop rares moments de lucidité, par les gouvernants de France (et de Navarre), protégées par les commissaires à la concurrence qui veillent à ce que tout le monde mange à sa faim, contrairement à ces générations heureuses nous souffrîmes et mourûmes en nombre à cause de l'impéritie gouvernementale, de cet odieux contrôle des prix qui n'empêchait même pas l'inflation. C'était affreux.
D'autant plus qu'en ce temps-là de misère noire les dirigeants n'avaient même pas le courage, je ne dis pas de s'opposer, mais simplement de dénoncer les populistes qui exigeaient sans cesse des hausses de salaire afin de compenser l'inflation et même de la surcompenser. Tout ça par amour du fric, du fric, du fric. La conséquence de tout cela n'étonnera personne: explosion du chômage, appauvrissement d'une population déjà exsangue. Aujourd'hui, on a la Banque centrale européenne, avec un gentil président qui dit tout haut ce qu'il doit en être: ne surtout pas augmenter les salaires, sinon ça va ruiner l'économie. En plus il n'est pas tout seul, il est accompagné par des tas d'experts qui causent à la télé, à la radio, qui écrivent dans les journaux et diffusent ainsi la bonne parole: les augmentations c'est juste et bon quand ça concerne les patrons et les actionnaires; c'est l'apocalypse économique quand ça touche les travailleurs. Vive la liberté d'expression, qui n'existait pas "avant", au temps de la pensée unique et du terrorisme intellectuel propagés par les étatistes de tous poils, ordures irresponsables ou tout bonnement stupides sur la conscience desquels pèsent les petits cadavres efflanqués des millions de petits français morts de faim et de fatigue par leur faute.
Morts de faim mais aussi d'épuisement car non contentes de contrôler les prix les ordures voulaient aussi contrôler l'emploi. C'est ainsi qu'à l'époque très peu, trop peu de gens connaissaient le bonheur du travail intérimaire, des contrats de 12 mois renouvelés une fois qui s'arrêtent juste avant qu'ils ne soient requalifiés en contrat à durée indéterminée. Même que dans les entreprises les gens, manipulés par les populistes, faisaient grève pour que les collègues en CDD soient embauchés définitivement. En plus de ça, quand un patron voulait licencier il était contraint de demander l'autorisation à la direction départementale du travail, à cause du contrôle administratif des licenciements. On licenciait quand même, bien sûr, mais c'était désagréable et contreproductif comme chacun le constate aisément en nos jours bénis de flexibilité "gagnant-gagnant". N'empêche que ça entravait l'emploi, le seul résultat c'était 75% de chômeurs (on ne le rappelle pas suffisamment), ce qui contraignait les gens à faire travailler leurs enfants au noir pendant le week-end, la nuit, les vacances scolaires, les plus miséreux en venaient à prostituer leurs enfants voire à les vendre comme esclaves en échange d'un quignon de pain, rassis la plupart du temps.
Et les coupures de courant à cause de ces bons à rien d'EDF, fonctionnaires incapables et toujours malades? Rétrospectivement, on trouve ça drôle. Mais les petits enfants qui se faisaient opérés à vif, because les cons d'EDF n'étaient pas foutus de produire de l'électricité, ces petits enfants-là s'en souviennent, du moins ceux qui n'ont pas agonisé dans d'atroces souffrances, logés dans un clapier à lapin, à cause d'une infection. En effet à l'époque les barbiers opéraient dans les salons de coiffure directement. Faut dire qu'on n'avait pas de forfait hospitalier, ni de franchises ou d'euro non remboursé pour sauver la Sécu. Comme rien n'était fait pour sauver la Sécu, la plupart des gens ne pouvaient pas se soigner et recouraient au rebouteux ou au barbier. C'était l'enfer.
Je ne parlerai pas des frontières fermées qui nous emprisonnaient, surtout les malheureux qui ne pouvaient pas, alors, s'installer en Belgique pour fuir une imposition confiscatoire. Les entraves à la liberté de circulation des capitaux étaient abominables. La finance en était comme paralysée. Et l'économie, à la suite de la finance, tétanisée. Ce qui accentuait encore la misère des populations française et européennes. Ajoutez à cela des méchantes barrières protectionnistes et vous aboutissez à une situation cataclysmique de famine endémique. Je me rappelle qu'à l'école, à cause du protectionnisme et de la famine qui s'ensuivait logiquement, notre jeu favori consistait à nous compter les côtes, qu'on avait très saillantes. Celui qui les avait les moins saillantes on le ligotait dans les toilettes avant la cantine, puis on se partageait sa demie-tranche de pain (la ration quotidienne, si le boulanger avait livré, s'il avait reçu la farine et tout le toutim, à cause des méchantes frontières qui empêchaient le bon fonctionnement du commerce) et son demi-verre de soupe. Des fois, c'est terrible! des fois on poussait le jeu jusqu'à le manger, le "grassouillet", tellement qu'on avait faim.
Heureusement que maintenant on a toutes les libertés, qu'on a l'Europe sans frontières, l'euro, la liberté du commerce, la flexibilité du travail, le libre-échange...Grâce à quoi on vit tous tellement mieux, dans des sociétés plus justes et plus égales, plus humaines en un mot. Tout cela, les moins de vingt ans doivent l'apprendre, afin de ne pas répéter les erreurs du passé, d'un passé épouvantable, qui me glace le sang rien qu'à l'évoquer, moi le chanceux qui ait survécu à cet enfer: l'Etat-providence.
25 février 2008
Socialisme européen
Tribute to Henri Salvador
Dans Marianne de ce week-end on pouvait lire un entrefilet relatif à une proposition pour le moins originale du ministre du travail britannique, une proposition à l'allure de poisson d'avril. Il s'agirait tout bêtement d'imposer aux travailleurs en arrêt longue maladie une activité compatible avec leur état. Par exemple l'ouvrier du BTP qui a fait exprès de tomber de l'échafaudage pour se la couler douce aux frais de la princesse, se trouvant dans l'impossibilité temporaire de s'adonner à son labeur serait contraint à effectuer de menus travaux de standardiste pour le compte d'un gentil patron. Cela peut sembler extravagant mais si on daigne se rappeler que le ministre en question est travailliste, membre d'un parti intégré au parti socialiste européen ainsi qu'à l'Internationale socialiste, tout s'éclaire subitement.
Pour ma part je suis d'accord avec les socialistes: il est scandaleux que des salops profitent de ce qu'ils sont soi-disant malades ou blessés pour esquiver et, partant, amoindrir le processus d'enrichissement de l'économie capitaliste, incidemment des braves investisseurs qui font tant d'efforts pour que chaque homme puisse vivre dignement dans la justice et l'égalité. C'est pourquoi je propose que l'on impose aux dégueulasses qui font payer leur agonie à la Sécurité sociale sous prétexte qu'ils ont chopé le cancer de l'amiante à cause de la CGT, je propose donc qu'on impose à ces ordures finies de rembourser le coût de leur prise en charge hospitalière. Parce que non seulement ils ne font rien pour le retour sur investissements des bons capitalistes mais en plus ils coûtent des sommes faramineuses, qui ruinent l'économie du pays à cause que, pour les entretenir ces maquereaux, les entreprises sont soumises à des cotisations qui les obèrent et attentent à la compétitivité internationale du territoire! J'émets donc l'idée toute simple: installer un pédalier au milieu du lit, un autre à la potence (située au-dessus du lit et qui permet au patient de s'asseoir dans son lit en se hissant à l'aide des bras), qui seraient reliés à une dynamo, laquelle produirait l'électricité consommée par le patient, on pourrait même installer des pédaliers complémentaires pour les visiteurs, le surplus éventuel d'électricité étant revendu à EDF. Si c'est pas socialiste ça comme proposition...
Communique Ta Mère
En ce moment-même se déroule en France la campagne des municipales. L'occasion est bonne pour les socialistes qui se disent dans l'opposition (à la barbarie capitaliste? Non, juste au vilain Sarkozy qui fait que d'insulter les gens et qu'est pas à la hauteur de la vacuité intellectuelle des pontes du PS!) de taper là où ça fait mal. C'est ainsi que les murs se couvrent d'affiches publicitaires du PS qui exigent une augmentation des salaires et du SMIC. Attaque virulente contre le vilain Sarko qui défend les riches qui sont méchants (les riches y sont vraiment méchants, mais pas les capitalistes qui ont disparu de la surface de la Terre, ou plutôt des discours socialistes: des riches on peut dire du mal, pas des capitalistes qui sont nos copains de promo, qui nous invitent au resto, qui participent à nos clubs, parrainent nos enfants et vice versa...)!
Chacun se souvient du boom de la fin des années 90, des 500 à 600 000 créations d'emplois annuelles. A l'époque les socialistes gouvernaient la France et votaient à Bruxelles des directives libérales, négociaient à Nice la énième réforme libérale du déjà libéral traité de Rome. A l'époque les profits explosaient (un peu comme aujourd'hui en fait) et les revenus des actionnaires avec. Pourtant je ne me souviens pas que les socialistes préconisassent (?) alors des augmentations substantielles de salaires ou qu'ils soutinssent (re ?) jamais les employés en grève exigeant de profiter eux aussi des profits générés par leur labeur quotidien. Au contraire il me semble qu'ils expliquaient à la populace abrutie la nécessité impérieuse, pour le bien de tous, de modérer les revendications salariales. Surtout ne pas tuer la poule aux oeufs d'or de la croissance sinon les cons d'ouvriers qui n'auront pas déjà subits de délocalisations ou de licenciements boursiers deviendront tous chômeurs: voilà ce qu'ils assénaient aux populistes qui dénonçaient l'accaparement de la richesse nationale par les capitalistes.
Modération salariale, flexibilité du travail, profitabilité maximale pour les capitalistes: voilà ce qu'ils défendaient les socialistes lorsqu'ils gouvernèrent la France entre 1997 et 2002. Fort heureusement tout a changé depuis. Les socialistes ne défendent plus le libre-échange et l'euro fort qui détruisent l'emploi industriel français à petit feu depuis 20 ans et transforment les ouvriers au mieux en smicard, au pire en travailleurs pauvres voire en pauvres tout court; ils ne défendent plus la libéralisation de la finance et de l'économie, ni la baisse de l'impôt sur le revenu, sur le capital, sur les entreprises, qui dégradent le statut des travailleurs et assèchent les finances publiques...Ils ont changé, c'est l'évidence, la preuve par l'OMC qui fait tant pour la justice sociale depuis qu'elle est présidée par Pascal Lamy, socialiste, par le FMI présidé par le socialiste Strauss-Kahn.
Lanterne et lanternes
Le Parti socialiste n'est pas un parti politique, c'est une entreprise électorale qui se partage le marché du suffrage universel avec l'autre succursale de la World Company qu'est l'UMP. Comme toute entreprise il communique, c'est-à-dire qu'il construit une stratégie médiatique visant à imprégner la clientèle qu'il cherche à capter d'un certain nombre d'idées positives le concernant, de sorte qu'il ait une bonne image auprès du segment de marché visé, étant entendu que cette image n'a aucun rapport avec le projet porté par le parti. Le but de toute campagne de communication n'a jamais été d'informer les gens mais de les circonvenir: ce n'est pas la réalité de l'entreprise, que donne à voir la communication, mais une mystification visant à rendre invisible sa véritable réalité. Le discours élaboré par la "communication" empêche la perception des actions réelles de l'entreprise. Qui communique ment!
Il devrait prendre garde, les usurpateurs du nom socialiste, car à trop vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes il risquerait bien d'y finir, à la lanterne, comme les aristocrates d'un certain temps.
22 février 2008
Les oripeaux de la démocratie européenne
Un Georges Washington pour l'Europe, demande Valéry Giscard d'Estaing aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne qui devront désigner cette année le premier président du Conseil européen. L'ancien président de la République apprécie les belles phrases et les grands mots. Il avait présidé la Convention européenne chargée de rédiger une constitution pour l'Europe; et déjà il aimait à comparer l'institution et l'oeuvre en cours à leurs précédents états-uniens.
Giscard, en bon Européen, aime les grands discours sur la démocratie et la comparaison avec la naissance des Etats-Unis d'Amérique. Il oublie (les Européens ont la mémoire courte et sélective) que la Convention américaine fut élue au suffrage universel, contrairement aux autoproclamés conventionnels européens désignés par les parlementaires des Etats membres sans qu'aucun débat public ait eu lieu et bien sûr sans que la populace eût jamais son mot à dire. De même qu'il paraissait d'évidence que la ratification du torchon constitutionnel européen serait expédiée en catimini par les gentils parlementaires, ceux-là mêmes qui avaient désignés les conventionnels, il était naturel que seules les grandes personnes, informées et compétentes comme seuls les parlementaires peuvent l'être, désignassent les hommes nés pour donner à l'Europe sa première constitution: moment historique qui ne concerne pas la vile populace.
L'histoire est l'affaire des maîtres et non des serviteurs. C'est la seule conclusion qui ressort du processus constitutionnel européen tel qu'il a été voulu par les gouvernants de toute l'Europe, qui aiment surtout la démocratie comme produit à vendre aux Chinois ou aux Libyens...
Il faut donc un Georges Washington pour l'Europe. Qu'il n'est pas question d'élire au suffrage universel. Mais comme on est bonhomme du côté de Chamalières on propose "d'associer l'opinion publique" à la grande affaire. Voilà qui fait plaisir. Comme chacun sait, parmi les gens qui savent, l'élection au suffrage universel est un moment d'odieux populisme à l'occasion duquel les serviteurs donnent libre cours à leurs instincts pervers (genre "on travaille trop", "le coût de la vie est prohibitif", "on est mal payé" et diverses élucubrations toutes plus désespérantes les unes que les autres). L'Europe est une question trop sérieuse pour en abandonner la charge à des cervelles de moineaux qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs 8 euros de l'heure.
Mieux vaut "associer l'opinion publique" à la prise de décision que demander au peuple de trancher, c'est moins dangereux, pour le bien de l'Europe et donc de la vile populace. L'inconvénient avec le peuple c'est qu'il est vivant: le peuple est constitué d'individus dotés de l'égalité civique qu'on appelle citoyens. Cela pose un grave problème d'intelligence collective puisque pour une grande personne on compte mille moineaux, pour un maître mille serviteurs. Les citoyens jouissant tous d'une seule voix, indépendamment de leur qualité, les serviteurs pèsent mille fois plus que les maîtres, qui sont les seuls aptes à prendre des décisions raisonnées dans l'intérêt de tous.
Le peuple peut exprimer clairement son choix, il peut voter oui ou non lors d'un référendum, il peut voter Sarkozy ou Royal. Au bout du compte ça ne change pas grand chose, évidemment: si le peuple vote non au référendum on peut toujours s'arranger pour repasser l'affaire d'une autre manière, s'il vote Sarkozy ou Royal il continuera d'en prendre plein la gueule. Mais ça donne mauvais genre, comme si la démocratie libérale n'était qu'un décor hollywoodien ou un écran de fumée, et ça peut énerver les hordes populacières qui pourraient se mettre à penser qu'une action un peu plus directe serait plus à même de permettre à leurs intérêts, leurs désirs d'être défendus, de se concrétiser.
L'opinion publique, on lui fait dire ce qu'on veut bien qu'elle dise. L'opinion publique ne vote pas, on la sonde de sorte qu'elle en vient à dire l'inverse de ce que déciderait le peuple, entre autre. L'opinion publique est bien pratique et bien gentille, elle est bien élevée, polie. C'est quand même autre chose qu'un peuple abruti par la bière.
Les Européens me fascinent. Sans cesse ils geignent : "on ne parle pas des enjeux européens", "la politique est exclusivement centrée autour de l'arène nationale", etc. Ils sont malheureux, les Européens, parce que la populace ne s'intéresse pas à la grande affaire, la seule qui vaille, la seule qui compte. Ils en veulent au manque de courage des politiciens qui n'osent assumer devant leur peuple les décisions qu'ils prennent en conclave à Bruxelles, à l'abri de procédures savamment compliquées. Le populiste s'étonnera du contraire: que les gouvernants ne votent pas à Bruxelles en accord avec les positions qu'ils défendent devant les électeurs. Mais le populiste est méchant et bête, il n'arrivera jamais à comprendre qu'il faut faciliter les licenciements pour faire baisser le chômage, maintenir à un bas niveau les salaire minimum pour que les salaires augmentent, réduire les remboursements pour sauver la Sécurité sociale, etc. Contrairement aux ministres et députés qui le savent en gens qui savent qu'ils sont mais qui se dégonflent devant la populace abêtie.
Pourtant il existerait un moyen d'impliquer la populace dans l'affaire, de lui faire sentir l'importance des enjeux européens: élire au suffrage universel le président du Conseil européen, substituer au commissaire au commerce qui négocie à l'Organisation mondiale du commerce sans avoir reçu aucun mandat ni rendre de comptes auprès de la fameuse opinion publique (qu'il n'est plus utile d'"associer" sans doute) un haut-représentant au commerce élu au suffrage universel, etc. Le jour où de telles élections seront organisées il faudra bien que la vile populace s'intéresse à la chose, débatte dans un cadre européen.
Bizarrement ce genre d'idées ne semble pas venir à l'esprit des grands Européens qui soupirent fort après la naissance d'un vrai et grand débat public européen.
La démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple, nous dit la constitution américaine.
La démocratie c'est le gouvernement du peuple par les gens qui savent pour les maîtres, nous dit la "constitution" européenne.
20 février 2008
La stratégie d'entreprise
Les plans de licenciement font partie de la "gestion normale" d'une entreprise, indépendamment de la profitabilité des établissements qui la construisent. C'est ce que nous enseignent les doctes journalistes du supplément économie du Monde. La décision de fermer telle ou telle usine relève de stratégies d'entreprise et non des bénéfices qu'elle produit ou pourrait produire suite à investissements.
De telles affirmations me causent un trouble infini car elles contredisent radicalement les grands discours sur la culture d'entreprise et le sentiment d'identification à l'entreprise qu'elle est censée induire chez le salarié, avec tout ce que ça implique pour ce dernier d'implication dans l'avenir de la boîte à laquelle il s'est attaché. En effet les stratégies d'entreprise sont décrétées sans concertation avec les employés qui n'ont aucune influence sur leurs orientations. De plus ces fameuses stratégies sont susceptibles de changer d'un jour sur l'autre selon le bon vouloir des dirigeants et des investisseurs, que d'aucuns considéreront comme des prédateurs. Et comme il est établi que les fermetures d'établissements n'ont rien à voir avec des problèmes économiques qu'ils rencontreraient, il est rigoureusement impossible pour les travailleurs de se projeter dans l'avenir et absurde d'invoquer l'esprit de responsabilité des salariés pour leur faire avaler les politiques de modération salariale qui plaisent tant au parti socialiste quand il gouverne, par exemple.
De fait les travailleurs n'ont aucune visibilité de l'avenir à long et moyen terme, voire à court terme, de l'entreprise qui les embauche. Ils ne sont pas partie prenante aux décisions quant à la stratégie d'entreprise. En conséquence de quoi les travailleurs ne sauraient être investis d'un quelconque esprit de responsabilité relativement à la situation économique de leur entreprise. Autrement dit les travailleurs doivent renoncer à toute considération quant à leur devenir personnel dans l'entreprise, puisque plus rien ne peut objectivement assurer la pérennité de leurs emplois, même des profits mirobolants.
Il est inutile de s'inquiéter d'événements sur le déroulement desquelles nous n'avons aucune influence. Ainsi le cas des personnes qui sont mortes d'angoisse quand elles prennent l'avion sera considéré comme pathologique: quand je sois indifférent ou que je me préoccupe du bon déroulement du vol ne changera rien au résultat final, quelqu'il soit. Nous sommes, travailleurs, dans l'entreprise capitaliste comme les passagers dans l'avion: que nous soyons indifférents ou que nous nous préoccupions du devenir de l'entreprise ne changera rien au résultat final. Il nous faut donc, en toute logique, nous préoccuper uniquement de notre confort immédiat dans l'entreprise sans jamais nous inquiéter ou même nous intéresser à un avenir qui n'est pas notre affaire.
Pourquoi travailler si ce n'est pour gagner de l'argent et profiter de la vie ? Puisque nous travaillons pour notre seul intérêt ou, plus exactement, puisque les stratégies d'entreprise nous renvoie à nos seuls intérêts privés, il est donc évident que les seules choses qui doivent nous intéresser dans notre relation au travail sont les conditions de travail, les avantages sociaux et la rémunération. Et cela sans tenir aucun compte de la situation économique de l'entreprise. Le fait que l'entreprise est censée traverser des difficultés voire être au bord de la faillite ne change rien au montant du loyer ou des sports d'hiver, qui sont les seuls éléments nous concernant, comme nous le rappellent inconsidérément les doctes journalistes économiques : ce sont ces éléments et ces éléments seuls qui doivent servir de base aux revendications des travailleurs et pas une entreprise qui est un corps étranger et sur le devenir de laquelle nous n'avons aucune influence.
L'esprit d'entreprise est irrationnel, de même que penser à long terme. La seule attitude digne d'un être doué de raison consiste donc à raisonner exclusivement à court terme et à exiger chaque année, par exemple, 10% d'augmentation de salaire, même si l'entreprise annonce des pertes abyssales; cela consiste à profiter au maximum de ses avantages sociaux, tels les journées d'enfants malades pour ceux qui en ont la possibilité, et d'en exiger toujours davantage, même si le travail a six mois de retard; cela consiste à ne jamais faire d'heures supplémentaires, même si autrement l'entreprise risque de perdre un contrat dont le renouvellement coïncidera peut-être au licenciement des imbéciles qui se tuent au travail; etc. Et pour obtenir ou conserver tout cela il faut retrouver le sens de la grêve, de la grêve dure et longue qui paralyse totalement l'entreprise sans se laisser obnubiler par la peur d'un chômage de toute façon, qui viendra quoiqu'on fasse ou dise.
Cela dit on peut aussi être un con, bosser pour Airbus, refuser de se battre pour son gagne-pain au nom de l'intérêt supérieur d'une entreprise ("si on bloque les usines "on" va perdre des commandes") qui licencie en masse au nom d'une stratégie qui ne manquera pas de mener à de futurs plans de licenciement, et regarder l'air niais les actionnaires se foutre 100 millions d'euros dans les poches quelques semaines après que le PDG d'Airbus a laissé entendre que la boîte était quasiment ruinée pour justifier un dégraissage abusif soutenu, pour d'obscures raisons par le syndicat majoritaire...Sont tellement cons les gars et les filles d'Airbus que six mois plus tard ils étaient fiers du décollage du premier A380!
La seule solidarité qui vaille est celle qui unit les travailleurs entre eux, la culture d'entreprise et l'esprit de responsabilité sont le fait des esclaves (ou des cons qui bossent à Airbus).
La seule responsabilité qui vaille est celle qui concerne les événements, les paroles, les idées, qui dépendent de moi, se préoccuper, se sentir comptable du devenir ou de la situation d'une entité extérieure est le fait des aliénés (ou des cons susdits).
18 février 2008
Rupture dans les Balkans
L'indépendance du Kosovo désormais établie semble interprétée comme la phase ultime du démembrement de la Yougoslavie socialiste. Ainsi se trouverait close la question nationale en Europe et l'institution de nouveaux Etats consécutifs à l'effondrement du bloc communiste en Europe de l'Est. Pourtant il est manifeste que le cas kosovar se distingue des autres.
En effet si les pays européens issus de l'URSS (Arménie, Biélorussie, Estonie, Géorgie, Lettonie, Lituanie, Moldavie et Ukraine) n'existaient pas en tant qu'Etats indépendants avant 1991 ils n'en constituaient pas moins des républiques et des nations reconnues par l'Etat soviétique au sein de l'Union. Leur autonomie réelle était peut-être très restreinte, ces pays étaient tout de même des Etats dotés d'une constitution, d'un gouvernement, d'un parlement, d'une administration, d'une justice, etc. Il en est de même pour les Républiques tchèque et slovaque issues de l'éclatement de la Tchécoslovaquie.
La République fédérale socialiste de Yougoslavie constituée après la Seconde Guerre mondiale comptait 6 républiques (Bosnie, Croatie, Macédoine, Montenegro, Serbie et Slovénie) disposant d'institutions étatiques autonomes (ou réputées telles) ainsi que du droit à l'autodétermination. La constitution yougoslave accordait donc aux 6 républiques fédérées la possibilité de quitter la fédération pour se constituer en Etat national souverain. Certes lorsque la République slovène utilisa ce droit et proclama son indépendance l'armée fédérale yougoslave intervint dans l'espoir de maintenir de force l'intégrité territoriale de la Yougoslavie: finalement la pression des puissances occidentales, notamment celle de l'Allemagne, contraignit les dirigeants et l'armée yougoslaves à reconnaître l'indépendance du nouvel Etat. Ce droit à l'autodétermination des républiques yougoslaves (mais aussi soviétiques et tchécoslovaques) était donc purement formel, ce qui n'empêche qu'il constituait une base juridique puisque inscrit dans la constitution d'un Etat souverain.
Si le droit des peuples à disposer des peuples a servi de fondement au démembrement des empires de l'Europe centrale après la Première Guerre mondiale, celui-ci est restreint par le principe de l'intangibilité des frontières. Le cas de l'accession à l'indépendance des républiques soviétiques, tchécoslovaques et yougoslaves au début des années 90 illustre ces deux principes. Ainsi la Slovénie n'était pas reconnue en tant qu'Etat au plan international: sa constitution en Etat indépendant attentant à l'intégrité territoriale on aurai pu considérer qu'elle violait le principe d'intangibilité, ce qui potentiellement l'invalider au niveau international. Mais à partir du moment où la constitution yougoslave elle-même reconnaissait le droit à la Slovénie d'accéder à l'indépendance, l'argument de l'intangibilité devenait irrecevable, l'Etat yougoslave acceptant explicitement la possibilité que ses frontières internationales soient remises en cause et modifiées par ces Etats fédérés. Dans les cas yougoslaves, soviétiques et tchécoslovaques le principe d'intangibilité des frontières s'appliquait de fait non aux Etats souverains reconnus internationalement mais à leurs Etats fédérés. C'est la raison pour laquelle la "communauté internationale" refuse a priori toute indépendance de la Republika srpska de Bosnie, qui n'est qu'une "entité" de la Bosnie-Herzégovine, considérée comme une région autonome de l'Etat bosnien, même si ce dernier n'existe que sur le papier.
Jusqu'à présent les Etats souverains apparus après la chute du Mur pouvaient concilier droit à l'autodétermination et principe d'intangibilité au plan international. Le cas kosovar est tout autre. En effet le Kosovo n'a jamais eu d'existence étatique au sein de la Yougoslavie, tout juste celle de province autonome de la République de Serbie. Une province autonome n'est pas une république fédérée : la seconde est un Etat à part entière au sein de la fédération, la première n'est que la subdivision administrative d'un Etat à laquelle celui-ci concède l'usage d'une partie de ses prérogatives. Aucun argument constitutionnel ne peut sérieusement étayer l'indépendance kosovare. Cela est d'autant plus vrai que la constitution serbe interdit purement et simplement à la province du Kosovo de se proclamer indépendante.
La déclaration d'indépendance du Kosovo entérine la volonté du peuple albanais qui y réside et son droit à l'autodétermination mais viole à l'évidence le principe d'intangibilité des frontières puisque le Kosovo n'a aucun droit constitutionnel à l'indépendance en tant que province serbe. Nous sommes donc bien en présence d'une rupture historique avec la période qui a débuté en 1991 avec l'accession à l'indépendance des républiques soviétiques et s'est close en 2005 avec les indépendances monténégrine et serbe (qui étaient encore unies au sein d'une fédération post-yougoslave), lesquelles conciliaient les deux principes de la liberté des peuples et de l'intégrité des Etats.
La décision des puissances occidentales de reconnaître l'indépendance kosovare ne peut être interprétée autrement que comme l'abolition du principe d'intangibilité des frontières et comme un retour aux principes wilsoniens qui place le droit des nationalités au-dessus des Etats institués. C'est bel et bien une révolution qui se déroule en ce moment en Europe, une révolution qui n'annonce rien de bon pour l'avenir. N'en déplaise aux candides qui veulent croire que le coup de force des albano-kosovars soutenus par les puissances occidentales restera un cas particulier, il n'en reste pas moins que dorénavant plus aucun argument ne pèsera lorsque une province voudra accéder à l'indépendance de sa propre volonté, voire lorsque un Etat remettra en cause ses frontières internationales. On ne peut pas balayer la souveraineté serbe et l'intégrité de ses frontières sans que cela n'ait un jour des conséquences dans d'autres pays européens.
Si la souveraineté serbe ne vaut rien devant la volonté des Albanais du Kosovo, au nom de quoi les Serbes de Bosnie devraient-ils respecter la souveraineté bosnienne ? Quel argument leur opposera-t-on le jour où le gouvernement bosno-serbe annoncera l'organisation d'un référendum d'auto-détermination ? Quid de la République turque du nord de Chypre auto-proclamée ? De l'Abkhazie en Géorgie ? Ou du pays basque en Espagne ?
C'est tout l'équilibre des frontières construites à l'issue des deux conflits mondiaux en Europe que les puissances occidentales vient de remettre en cause...Souhaitons que les peuples européens soient plus sages que les dirigeants.
16 février 2008
Panurge, Mitrhidate et Tartuffe, dernière partie
Un peu de poison chaque jour
Les émoluments des grands patrons choquent, de même les élucubrations de madame Parisot. De moins en moins, au fil du temps on s'habitue; à force l'habitude abolira l'indignation et l'on en viendra même à se faire du souci pour ces braves gens quand on apprendra qu'à la suite de telle ou telle crise ils auront perdu 5% de leurs énormes revenus. Un jour sans doute assez proche non seulement la cupidité insatiable de la caste grand-patronale ne dérangera plus personne, mais on sera même horrifié à l'idée que ces surhommes puisse gagner moins de mille fois le salaire minimum.
Il en est ainsi en toutes choses. En distillant à petites doses leurs saloperies les capitalistes rencontrent l'opprobre et la calomnie. Cela importe peu car si à fortes doses leurs exactions criminelles risqueraient de susciter la révolte, à faibles doses elles provoquent juste de l'indignation. Une réaction politique du peuple serait périlleuse mais la somme des réactions morales d'une multitude d'individus restera toujours sans effet. La morale est inopérante en matière économique: ses belles phrases glissent sur les réalités économiques comme la pluie sur une matière hydrophobe. De plus la morale est sans force ni constance; elle s'épuise devant le spectacle d' une injustice toujours recommencée et finit par disparaître. Tout le génie des capitalistes réside dans cet art d'immuniser progressivement les hommes contre l'indignation que suscite en la plupart d'entre eux le spectacle de pratiques injustes et brutales, induites très consciemment par une rapacité sans limite et le plaisir sordide de la domination.
Qui s'étonne que Mittal s'apprête à licencier 600 ouvriers alors que le groupe a engrangé 6 milliards d'euros en 2006 et 8 milliards en 2007 ? Qui s'étonne de voir Michelin ou Unilever agir de même ? Il suffit de comparer la réaction de l'opinion à ces licenciements sans aucun fondement à celle provoquée par les dégraissages de danone il y a moins de 10 ans pour admirer le travail de sape moral et politique à quoi aboutit la mithridatisation générale.
Le valse des hypocrites
L'indignation morale ne sert à rien pour lutter contre la barbarie capitaliste, seule une réponse politique sera utile. Dans ces conditions les belles paroles de politicards de gauche se contentant de dénoncer sans rien proposer de sérieux ne doivent susciter que de l'indifférence. En fait, le refus obstiné d'envisager des réponses aux proatiques abusives du patronat signe la trahison. Le parti socialiste, en agissant de la sorte, ou plutôt en refusant d'envisager toute action efficace, se montre dépouillé de ses oripeaux prétendument socialistes et découvre ce qu'il est: un ramassis d'hypocrites courant la prébende, un parti de droite qui ne se distingue du sarkozysme que par son relatif libéralisme en matière de moeurs.
Car, sans aller jusqu'à fusiller les patrons voyous chers au président Sarkozy, il est tout à fait possible d'octroyer aux organisations syndicales un droit de veto sur les plans sociaux, au moins dans les entreprises bénéficiaires, obligeant ainsi les entreprises en question à négocier véritablement, et non à imposer un diktat, les modalités des licenciements: armés de ce droit de veto les syndicats se trouveraient placés dans une position d'égalité vis-à-vis du patron, étant entendu que l'entreprise serait contrainte de verser les salaires tant qu'un accord n'aurait pas été signé et ce sans limitation dans le temps. Ce droit de veto pourrait être accordé aux syndicats concernant la politique salariale de l'entreprise.
Je ne vois rien dans cette proposition qui soit attentatoire au sacro-saint prinicpe de la propriété privée des moyens de production, chère à la République et à l'Europe. Par contre le droit de veto constituerait un puissant moyen d'égalisation du rapport de forces entre les actionnaires et les travailleurs, et ça, assurément, c'est attentatoire aux principes républicains et européens auxquels les "socialistes" sont tellement attachés.
14 février 2008
Panurge, Mithridate et Tartuffe, première partie
Les moutons de Panurge ont viré carnivores
Les grands patrons, qui dirigent les cent plus grandes entreprises françaises, sont des êtres d'un talent exceptionnel; la mondialisation permet aux hommes de génie de sauter par-dessus les frontières, il est donc légitime et nécessaire de satisfaire les revendications sociales de la caste grand-patronale: voilà les arguments qu'opposent Laurence Parisot (http://jt.france2.fr/20h/index-fr.php?jt=1 : neuvième sujet) aux fâcheux qui s'offusquent du niveau vertigineux qu'atteignent désormais les rétributions des demi-dieux qui président aux destinées des multinationales. L'argument massue cloue le bec à l'intervieweur évanescent: la situation est la même dans les autres pays européens.
Ainsi donc il est légitime qu'un super patron gagne jusqu'à dix millions d'euros en une année, en raison de l'excellence du travail accompli. Dix millions, voilà qui représente 830 mille euros par mois, soit, en comptant deux cents heures de labeur mensuel, 4 150 euros de l'heure, ou encore 70 euros la minute, à peu près 1 euro la seconde. La journée d'un smicard lui rapportant autour de cinquante euros, cela signifie que, selon le raisonnement de madame Parisot, un président de grande entreprise crée autant de richesses toutes les cinquante secondes qu'une caissière ou une vendeuse en une journée entière de travail.
Ma cervelle de moineau peut comprendre, au risque d'une congestion mortelle, que présider une grande entreprise nécessite des qualités et des compétences autrement supérieures à celles mises en oeuvre par le blogueur de céans. Mais personne ne peut croire que le super patron participe mille fois plus qu'un smicard à la création de richesse. Qu'un écart de rémunération soit de l'ordre de un à deux, de un à trois, voire de un à cinq, peut se concevoir: l'ingénieur participe peut-être davantage au bon fonctionnement de la machine que le technicien, par l'étendue de ses connaissances et leur spécificité, et peut-être cela justifie-t-il que celui-là soit mieux payé que celui-ci; idem pour la relation du technicien à l'ouvrier. Ce qui est certain c'est que nul n'est capable de démontrer qu'objectivement et effectivement le super patron participe mille fois plus que l'ouvrier spécialisé à la bonne marche de l'entreprise. Comme l'avoue implicitement la patronne des patrons il n'existe aucun instrument scientifique afin d'estimer les participations respectives du super patron et du smicard à l'enrichissement de l'entreprise.
L'ouverture des frontières permet aux génies qui dirigent les grandes entreprises de France de partir exercer leurs talents pour le compte d'entreprises étrangères. Cyniquement on s'inclinera devant la crainte de voir ces surhommes véritables aller s'employer à la prospérité britannique ou allemande. Car sans eux, l'économie française s'effondrera faute de conducators compétents. Et le smicard deviendra chômeur, autant dire qu'il sombrera dans l'indigence tant la richesse nationale aura fondu jusqu'à entraîner la faillite de la Sécurité sociale et de l'Etat. Ainsi donc il est établi que le smicard a intérêt à ce que son patron gagne mille fois son salaire, même si rien ne justifie un tel écart. Le cynisme un peu simple de madame Parisot est assez peu convaincant. Il ne semble pas, en effet, que la caste grand-patronale française suscite la convoitise du reste du monde, contrairement aux ingénieurs et scientifiques français qui rencontrent un succès grandissant hors nos frontières ouvertes. Par ailleurs, rien ne prouve que le nombre d'individus aptes à présider une grande entreprise soit aussi restreint que l'affirme candidement la philosophe du Medef. Nos surhommes sont-ils tels en raison de leurs qualités individuelles, tellement rares bien sûr, ou simplement parce que les élites économiques françaises forment un petit milieu pratiquant le protectionnisme social, un petit milieu clos sur lui-même et solidaire interdisant l'entrée aux talentueux qui n'ont pas la carte ? L'esprit de caste des élites économiques, empêchant la concurrence dans l'accès aux hautes fonctions qu'elles accaparent, n'est-ce pas justement cela qui leur permet de s'octroyer des rétributions extravagantes ?
Reste le panurgisme européen en vogue. Les patrons français ne font que se mettre au niveau de leurs homologues européens, quoi de plus normal ? Qu'opposer à une telle puissance de feu ? Oserai-je pointer la contradiction qu'il y a à, d'abord, affirmer avec force que les augmentations royales de nos grands patrons sont liées uniquement à leurs qualités individuelles et qu'on doit surtout éviter qu'ils ne s'expatrient dans l'intérêt supérieur de la nation, pour finir par expliquer qu'en fait ils sont tout simplement comme tous les grands patrons. Cela dit, si tous les patrons européens se valent que nous importe que nos surhommes se barrent en Allemagne: le nombre de grandes entreprises européennes étant à peu près stables d'une année sur l'autre, si les surhommes français vont piquer leur place aux surhommes teutons, ces derniers traverseront le Rhin en sens inverse; comme madame Parisot affirme que les super patrons français ont la même valeur que les super patrons allemands, nous n'y perdrons rien au change. De sorte qu'au bout du compte, dans une perspective européenne, l'argument panurgique se retourne contre son utilisateur et permet d'envisager finalement une baisse drastique des rémunérations des dirigeants des entreprises européennes: s'ils sont interchangeables à l'infini, les super patrons européens, il n'y a plus de concurrence.
La vérité sort de la bouche des enfants
A entendre l'argumentaire de la fille Parisot, héritière des entreprises de papa, il semblerait que rien ne distingue un grand patron d'un mafieux ou d'un truand. L'argent ! L'argent ! L'argent ! Voilà leur seul et unique carburant. La bourse ou la vie ! Voilà leur seul argument, aussi nul que pathétique.
Les grands patrons sont des Tony Montana en costards-cravates. A la différence toutefois que la République et l'Europe envoient les seconds en prison (ce en quoi elles ont bien raison) alors qu'elles protègent les premiers -je me demande bien pourquoi...
12 février 2008
Union, République et Confédération
Le Traité de Lisbonne
La chose européenne est trop sérieuse pour qu'on laisse la population s'en saisir. On, les gens qui savent ce qui est le meilleur pour tout le monde -lesquelles gens, incidemment, appartiennent aux castes dominantes de la société-, qui surtout le savent mieux que tout le monde, ce qui est bon pour tout le monde; "on" a donc décidé de trancher la question du traité de Lisbonne (comprendre le Traité constitutionnel européen) entre gens de bon aloi.
Et pourquoi pas ? Après tout ça n'est pas notre affaire, surtout qu'on est en pleine StarAcademy 7, dont les délibérations encombrent déjà les cervelles populacières. Le peuple étant ce qu'il est "on" sait bien qu'il risquerait de mélanger les enjeux. Ainsi que le rappelait récemment Jean-Louis Bourlanges, un démocrate-chrétien (l'oxymore parle toute seule), sur France 5, les (petites) gens sont incapables de se préoccuper de problèmes ardus comme celui des institutions européennes ou des politiques économiques définies par les traités européens; aussi votent-ils toujours à côté de la plaque, les petites gens, c'est l'évidence: le travailleur tout juste licencié pour empiffrer l'actionnaire votera "non" emporté par sa colère indigne; le supporter de Saint-Etienne votera "non" parce que son équipe vient de se faire torcher en championnat, s'abandonnant lâchement à sa frustration; le partisan de Claire-Marie, éliminée de la Star'Ac, votera "non", par dépit.
Tous les gens qui savent le savent: "l'Europe c'est la démocratie", mais la condition sine qua non de la démocratie européenne c'est l'abolition du suffrage universel. Heureusement que la République (amen) nous protège...Certes, les institutions de la République permettent justement aux gens qui savent de contourner le suffrage universel; il n'empêche, nous devons lui rendre grâce pour la protection qu'elle apporte aux gens qui savent et qui nous gouvernent sans nous demander notre avis pour notre plus grand bien, à nous autres hordes populacières inconscientes et stupides.
Vive l'Europe ! Vive la République ! Et les moutons seront bien gardés.
Le Réglement communal de Sion, en Suisse
Pendant ce temps, dans un pays ravagé par l'obscurantisme et la guerre civile, un méchant pays même pas membre de l'Union européenne et même pas républicain où la misère et la famine conduisent les adultes à dévorer les petits enfants, des crétins finis débattent librement d'une réforme du réglement communal (la constitution municipale en quelque sorte) de la ville de Sion, capitale du Valais. Et ça palabre, "on" se demande bien pourquoi, sur le meilleur modèle de gouvernement municipal. Quelle horreur!
Qu'horrible doit être la vie dans un pays sans gens qui savent. Parce que non seulement ça discutaille devant la valetaille mais en plus ça finit par lui demander son avis, puisque seul un vote des citoyens de la commune peut ratifier la moindre modification du réglement communal, de la même manière que seul un vote du peuple souverain peut réformer la constitution (du canton comme de la Confédération).
Comment peut-on tomber si bas ? Qu'est-ce donc qu'un pays où l'avis de la femme de ménage ou du chauffeur pèse autant que celui d'un des gens qui savent ?
La Suisse est un furoncle purulent en plein milieu de notre belle Europe, ainsi qu'un affront quotidien aux saints principes de la République. Il est temps que cela cesse, au nom de la Paix et de la Démocratie ! Au nom de tous les gens qui savent je le dis hautement.
La vérité est ailleurs
Je conclurai par une question putassière : et si, au lieu d'intégrer la Suisse dans l'Union européenne on intégrait l'Europe dans la Confédération helvétique ?