Opinions idiotes

N'importe quoi sur tout et rien...

31 mars 2008

SUR LA RUINE ET LA CORRUPTION

Réprimer les moines tibétains, et plus généralement les tibétains, constitue une fort vilaine action. C'est bien la moindre des vilenies qu'on puisse attendre d'un régime communiste où les entreprises de France et de Navarre réalisent quelques bénéfices, menus cela va sans dire : comment pourrait-il en être autrement dans un pays communiste ? Une vilenie dans la lignée de bien d'autres, comme la propagande anti-religieuse ou la répression de la liberté d'expression. Assassiner les gens, même les tabasser au prétexte qu'ils professent publiquement des opinions différentes ou divergentes voire déviantes attente aux droits de l'homme, imprescriptibles et universels, quand bien même cette divergence consiste en la défense de superstitions et de foutaises assez grotesques. Les moines tibétains ont beau défendre la liberté de professer (et d'adhérer à) des croyances obscurantistes il n'en demeure pas moins que chacun doit être libre de croire aux fadaises qui lui agréent, qu'elles soient d'ordre religieuses ou politiques ou patriotiques ou économiques ou sportives, pour autant que l'institution qui porte et colporte ces fadaises ne les imposent pas à tout le monde par la force. La défense de la liberté de conscience présuppose d'ailleurs que toutes les fadaises soient libres de s'exprimer et d'exister dans la société, qu'elles croissent et se multiplient autant qu'il est possible de sorte qu'aucune ne puisse dominer la société, accéder au pouvoir et contrôler l'Etat. Les fadaises s'annulent plus ou moins les unes les autres, ce qui n'exclut pas la vigilance agnostique : l'affaire des caricatures du boutiquier hystérique de La Mecque a bien montré comment les cagots de toute espèce religieuse savent parfois surmonter leurs antagonismes casuistiques quand il s'agit de tyranniser le monde, en l'occurrence rétablir le délit de blasphème. On a vu l'utilité des fadaises communiste, anarchiste et républicaine à cette occasion.

Toujours est-il qu'il faut faire quelque chose. Il le faut ! Afin de défendre les droits du peuple tibétain ? Ambition excessive et passéiste : le peuple tibétain est condamné à mourir, c'est ainsi et nul n'y peut rien. Dans les parties de l'ancien Tibet qui ont été rattachées à des provinces chinoises la culture et la langue tibétaines agonisent lentement. Quant à la partie de l'ancienne théocratie tibétaine interdite aux étrangers à l'époque glorieuse de l'indépendance, et qui constitue la Région autonome du Tibet, elle est aujourd'hui peuplée majoritairement de Chinois. Ce qui clôt définitivement tout débat autour de la question de l'indépendance du Tibet. Reste la défense des droits culturels, laquelle relève essentiellement du discours et ne présente aucun intérêt pratique. La Chine s'urbanise, de la même manière que l'urbanisation de l'Europe a annihilé les cultures paysannes, l'urbanisation de la Chine annihilera les cultures des minorités strictement rurales, tout simplement parce que les ruraux émigrent et émigreront de plus en plus dans des villes de culture chinoise où la transmission de la culture d'origine par les parents est vouée à l'échec à moins que lesdits ruraux ne s'enferment ou ne se trouvent enfermés dans des ghettos. Or la culture tibétaine est essentiellement rurale...

La culture tibétaine est condamnée à s'éteindre, comme la culture bretonne disparaît en France aujourd'hui avec la fin de la paysannerie bretonne, ce qui n'empêche nullement les Bretons et la Bretagne d'exister. Les cultures meurent toutes d'une manière ou d'une autre, soit qu'elles s'éteignent et disparaissent totalement soit qu'elles évoluent tant que la culture de la communauté devient totalement étrangère à ce qu'elle était quelques générations auparavant : les contemporains de la Renaissance portaient comme nous le nom français mais ils nous sont étrangers autant que peuvent l'être les Chinois de 2008 même si nous sommes objectivement plus liés par l'histoire avec nos "compatriotes" du seizième siècle, dont nous sommes les héritiers et les continuateurs pour le meilleur et pour le pire, sans lesquels nous n'existerions pas tel que nous existons en tant que Français du vingt-et-unième siècle, que nous ne sommes liés par la contemporanéité aux Chinois actuels avec lesquels nous sommes susceptibles de converser, voire plus si affinités. Vouloir à tout prix maintenir en vie des langues et des cultures déclinantes procède d'une obsession patrimoniale que l'on peut voir s'exprimer dans la volonté forcenée d'empêcher les édifices anciens de tomber en ruine. Conserver les églises ayant un sens relativement à l'histoire de l'architecture ou de l'art, à l'histoire nationale se comprend : cela signifie-t-il pour autant que toutes les églises qui ont été un jour construites en France appartiennent au patrimoine français ? Qu'il faille les entretenir quand elles tombent en obsolescence du fait du reflux de la pratique catholique ?

Les édifices tombent en ruine, les cultures s'éteignent et les hommes meurent : c'est la loi. S'efforcer d'allonger l'existence humaine, de prolonger la survie de langues et de cultures déclinantes, d'entretenir les édifices et les monuments est tout à fait louable et nécessaire. La Loi n'en demeure pas moins, implacable et irréductible. Et nécessaire. La ruine n'est pas toujours la conséquence d'une décadence mais plus souvent celle de la vitalité des sociétés humaines dont les croyances, l'organisation politique changent et donnent naissance à un monde jamais totalement nouveau, néanmoins neuf. Les églises chrétiennes ont souvent été bâties sur l'emplacement de temples romains qui eux-mêmes s'étaient substitués aux cultes gaulois. Si nos lointains ancêtres de l'Empire romain avaient patrimonialisé les temples gaulois, la langue gauloise, la civilisation gauloise nous n'existerions pas en tant que nation vivante dans le monde, nous ne serions que les clones dégénérés d'un grand peuple qui a peuplé et mis en valeur le pays qui n'était pas encore de France, qui a nommé nombre de ses villes et de ses régions qui sont nôtres. Les Gaulois sont bien plus grands dans la mémoire de la nation française vivante et ouverte, quelque part ils sont bien plus vivants en tant que civilisation disparue à travers les Parisiens noirs ou juifs, les Auvergnats d'origine arabe ou asiatique qui portent leurs noms, qu'ils ne le seraient si les Romains les avaient conservés tels quels, au nom du Patrimoine et du Conservatoire universels, dans une réserve à l'écart du monde. Nous sommes, Français, une nation vivante parce que les peuples et civilisations qui nous ont précédé sur notre terre se sont éteints ou se sont mués génération après génération en quelque chose d'autre : la culture se nourrit de la corruption du cadavre d'autres cultures, elle se nourrit aussi de sa propre corruption.

Refuser la ruine ne nous conduit-il pas à devenir des caricatures de ce que nous fûmes autrefois, à tel moment ? La décadence n'est pas dans la ruine mais dans le refus obstiné de l'évolution des choses, dans le fantasme de la conservation indéfinie de tout ce qui est, a été un jour. Comme si ce jour ne devait jamais finir. Finalement ne s'agit-il pas là de narcissisme ? N'est-ce pas une extrapolation à la nation du refus assez répandu chez les individus contemporains de vieillir ? On se badigeonne la goule, on fait du sport, on mange mais pas de trop, pour moins vieillir, tout du moins pour que le vieillissement paraisse moins. On trouve ça mal de vieillir, de paraître vieillir parce qu'il faut être jeune dans sa tête toujours, avoir l'air jeune sur son visage toujours. Comme si les marques du temps qui passent devaient être gommées. Comme si le temps devait être aboli. Comme si rien ne devait changer et qu'il fallait être toujours identique à soi-même, être à trente ans comme à vingt ans, à quarante ans comme à vingt, à cinquante ans comme à vingt. Mais vingt ans n'est pas un âge ; on est âgé lorsque on est vieux, marqué par les stigmates du temps qui passe, de la vie qui s'écoule. Vingt ans est un non-âge, avoir toujours vingt ans revient à se mettre hors la vie puisque la vie c'est la corruption, la dégradation lente du corps et des traits du visage. Refuser le vieillissement revient à refuser la vie, le changement, le déclin et le renouveau. C'est le fantasme de l'individu-mesure de toutes choses qui n'envisage le monde qu'en tant qu'instrument de son expansion, de son désir, de son plaisir, individu triste que le passage du temps mène inexorablement à résipiscence. Lorsqu'il constate que le monde n'est pas à sa disposition et qu'il ne peut arrêter la marche du temps ; quand les crèmes anti-rides et le viagra ne parviennent plus à maintenir l'illusion du temps immobile, des vingt ans éternels, reste toujours l'environnement, le cadre de vie, l'architecture, la langue au maintien desquels, à la perpétuation sans changement desquels il devient plaisant de s'accrocher.

Laissons nos châteaux et nos églises tomber en ruine et nous nous libèrerons d'une illusion lugubre qui nous cause davantage de souffrance que de plaisir, de frustration que d'épanouissement.

Posté par Northmannus à 16:39 - France - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


28 mars 2008

LA PENSEE MAGIQUE

Un point de croissance vous manque et tout est dépeuplé !

La croissance crée des emplois. La croissance augmente les salaires. La croissance réduit les inégalités. La croissance est une manne pour tous.

Rien n'importe plus que la croissance, en l'absence de laquelle la déprime gagne les esprits et la misère s'étend. Toute mesure propitiatoire doit être tentée pour arracher le pays et ses citoyens, à commencer par ceux qui souffrent, à la stagnation économique, que dis-je à la stagnation, à la récession de l'économie. Comme pour sauver les retraites, il n'est d'autre expédient que le sacrifice et la souffrance de chacun pour que l'Economie prodigue à nouveau sa munificence à une France décadente au bord de rendre son dernier souffle.

Pour sortir de la crise et que les inégalités régressent, que les salaires augmentent, que l'emploi progresse, l'expérience alliée à l'expertise des gens qui savent en attesteront, nulle alternative. Il faut d'abord réduire le train de vie de la collectivité publique : comme l'essentiel de la dépense publique nationale relève de la redistribution sociale (à travers la Sécurité sociale, les politiques sociales mises en oeuvre par les Conseils généraux et les municipalités sans parler de la rémunération des agents publics) nous n'aurons d'autre choix que rogner les pensions des retraités, réduire le nombre de fonctionnaires et le nombre d'emplois aidés, que "redéfinir" la part des dépenses de santé prise en charge par la collectivité (c'est pour 2009, d'après Roselyne Bachelot, ministre de la santé), c'est-à-dire les redéfinir dans le sens de la responsabilisation des individus qui devront payer plus de leur poche afin de sauver la Sécurité sociale. Il faut ensuite lever les obstacles à la croissance que sont l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les grandes fortunes, l'impôt sur les sociétés et la taxation du capital, ce qui revient certes à accroître, avant l'économie, les inégalités sociales puisque, malheureusement, le coût des dépenses sociales restant considérable malgré tout, la dépense publique ne peut être compressée autant que les impôts susmentionnés et qu'il est inévitable, pour sauver la France d'une infamante condamnation par la Commission européenne pour déficit excessif, que la collectivité débusque de nouvelles ressources fiscales en taxant davantage la consommation ; il n'y a pas d'alternative : pour créer les emplois dont les pauvres et les précaires, la populace plus généralement, ont besoin il faut réduire la fiscalité des plus riches et augmenter celle qui frappe les pauvres et les précaires et la populace en général. Il faut enfin, pour faire la croissance revenir dans l'Hexagone, assurer la compétitivité de l'économie française et pour ce faire modérer les coûts salariaux en bloquant les salaires alors même que les dividendes perçus par les bons investisseurs grandissent, grandissent, grandissent...

La croissance, c'est tout bon pour tous ceux qui en prennent plein la gueule quand c'est la crise. Mais pour que la crise cesse et la croissance redécolle il faut au préalable que ces bons bougres en prennent encore plus dans la gueule. Demain, demain la croissance sera là et tout ira pour le mieux. Demain.


Fi des humeurs malignes

Nos doctes professeurs ès réformes nécessaires (pour que les forts soient plus forts, que les prédateurs capitalistes se goinfrent de sang toujours plus) mais douloureuses (pour les proies offertes en sacrifice au Moloch) sont un peu comme les médecins de Molière qui soignaient les maladies en tuant leurs porteurs. A force de saignées prodiguées au nom du rétablissement à venir du malade ces esculapes finissaient par l'occire, lentement, d'épuisement. Les remèdes de cheval imposés au nom du retour de la croissance sont du même ordre ; ils accroissent le mal qu'ils prétendaient guérir et ce pour une raison fort simple : les inégalités sont le produit de l'économie capitaliste, les bas salaires et la précarité sont nécessaires à l'expansion de l'économie capitaliste comme le démontre admirablement l'exemple allemand.

D'aucuns se félicitent du redressement de l'économie allemande, conséquence de réformes courageuses initiées par les socialistes. Les salaires ont baissé, la précarité a explosé, la pauvreté a fait un retour fracassant. Mais aujourd'hui tout va mieux, l'économie allemande est solide, elle résiste à la crise, les entreprises battent des records d'exportation et accumulent les euros dans leurs caisses. Voilà un bel exemple de réformes impopulaires qui portent leurs fruits. Sauf qu'il reste 3 millions et demi de chômeurs et que les problèmes sociaux provoqués par le Parti social-démocrate ne se résorbent en rien. C'est ainsi que les firmes allemandes alignent des profits mirobolants grâce à l'appauvrissement du peuple allemand souhaité et organisé par les sociaux-démocrates. En quoi le retour de la croissance bénéficie-t-il aux millions d'Allemands qui ont basculé dans la pauvreté à cause des réformes pro-capitalistes de M. Schröder ?

En outre, si le grand ami du camarade Poutine a courageusement fait baissé les coûts en baissant les salaires et en appauvrissant une bonne partie des Allemands, de la populace allemande, de ces gens qui ne comprennent rien à l'économie, qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs agios, les entreprises ont utilisé un moyen supplémentaire afin de réduire leurs coûts : la délocalisation en Europe centrale. C'est ainsi que des centaines de milliers de postes de travail ont été transférés dans des pays où les travailleurs jouissent de salaires notoirement insuffisants pour vivre décemment, de pays où le droit du travail est à peu près aussi épais qu'une feuille de papier, de pays où les travailleurs ne sont pas (n'étaient pas à ce moment-là car la situation est en train de changer) en capacité de se défendre collectivement. La clé du succès de l'économie allemande ? La paupérisation des Allemands et l'exploitation éhontée des travailleurs d'Europe centrale.


Où je salue l'implacable lucidité de Margaret Thatcher

Les problèmes sociaux que traversent la France ne sont pas dus au sous-développement de l'économie, pas davantage que les malades soignés par les médecins de Molière souffraient d'humeurs malignes que l'écoulement de sang devait tuer. Au contraire ils sont la conséquence des saignées que les gouvernements de gauche comme de droite imposent à la société à coups de réformes du marché du travail et des assurances sociales, de libéralisation de l'économie et de baisses des impôts directs.

Il est finalement vrai d'affirmer qu'il n'y a pas d'alternative : injustices, inégalités et violences sont consubstantielles à l'économie capitaliste. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'alternative tant que l'on s'enferme dans l'idée que l'économie est nécessairement capitaliste.

Margaret Thatcher avait bien raison : il n'y a pas d'alternative dans l'économie capitaliste. Reste donc à trouver une alternative non pas 'dans' mais 'au' capitalisme...

Posté par Northmannus à 17:21 - Economie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mars 2008

TRAVAILLER PLUS NUIT

41 annuités afin d'obtenir une retraite à taux plein, que voilà une bonne nouvelle. On ne travaille pas assez, en France. D'où une terrible crise économique, misère, et croissance atone à cause des 35 heures, du code du travail et des retraites qui obèrent la nation. D'ailleurs l'Etat est en faillite ! C'est vrai que rien ne va plus, la croissance est riquiqui, même pas 2%, la France ne s'est enrichie que de 30 tout petits milliards d'euros au cours de l'année 2007. La ruine approche.

Il faut donc travailler plus et plus longtemps. C'est pourquoi le Medef a créé, après accord avec les syndicats, le contrat sénior, un contrat de travail adapté aux travailleurs en fin de carrière. Car la France souffre d'un trop faible taux d'activité de ses séniors, ce qui nuit nécessairement à l'économie qui, rappelons-le, est en crise, une crise incroyable comme en attestent les malheureux profits réalisés par les entreprises du CAC 40 et les salaires de misère des patrons. Il est primordial de remettre au travail les plus de 55 ans. Et de toute façon les entreprises n'attendent que de pouvoir bénéficier de l'expérience de ces travailleurs, contrairement aux idées préconçues selon lesquelles les patrons font tout pour se débarrasser de leurs employés quand ils atteignent la cinquantaine. Le contrat sénior, né de l'expertise des entrepreneurs en matière de marché du travail, remettra donc en selle ces hommes et femmes rendus suicidaires par leur mise en retraite anticipée. Les patrons ne sont-ils pas les mieux indiqués quand il s'agit d'identifier les besoins des entreprises en matière de contrats de travail ? L'évidence aveuglera même l'outrecuidant qui pointera du doigt un contrat voulu à toutes forces par les patrons...qu'aucun patron français n'utilise.

Il fait travailler plus longtemps. Mais comment faire si les entreprises refusent d'embaucher des travailleurs de plus de 50 ans ? Eh quoi, les compétences des séniors, leur expérience, toutes ces choses qu'ils doivent transmettre aux nouvelles générations de travailleurs compteraient-elles pour du beurre ? C'est quand même rigolo : les patrons exigent que l'âge du départ en retraite soit repoussé, ils créent de leur propre initiative sans que le gouvernement intervienne un contrat de travail spécifique adapté aux séniors, ils ont tant besoin de compétences, etc. ; malgré tout ça on continue à déblayer les quinquagénaires et à ne pas les embaucher. Se foutrait-on des compétences et de l'expérience, des savoirs-faire et des savoirs-être et de tous les savoirs de ces travailleurs trop âgés pour travailler et trop jeunes pour accéder à la retraite ? Des fois je me dirais bien que tout ce que veulent les patrons c'est de la chair à canon supplémentaire pour leurs petites guéguerres économiques, des travailleurs dont on ne veut plus des qualifications mais qu'on veut bien embaucher à moindre coût en contrat précaire.

Délire paranoïaque : si, contraint par les nécessités démographiques et les réalités économiques, on augmente indéfiniment le nombre d'annuités ouvrant droit à une retraite à taux plein et que dans le même temps les travailleurs âgés sont foutus dehors par leurs entreprises because leur expérience et leurs compétences coûtent trop cher relativement à leur productivité, alors ces travailleurs n'auront d'autre choix que de prendre des petits boulots, à se lancer dans la chasse aux jobs. Ainsi la France sera sauve et la boucle sera bouclée : le jeune bon à rien commencera sa carrière en étant mal payé pour les contrats précaires qu'il enchaînera entre deux périodes de chômage, le vieux propre à rien terminera de la même façon. Et quel symbole de modernité et de solidarité intergénérationnelle : le papa et la maman avec leurs garçons et filles égaux dans la galère engagés dans une saine compétition pour récupérer les miettes de la richissime économie capitaliste, de l'économie française en banqueroute totale veux-je dire ! C'est la crise, faut bien qu'on s'en sorte, faudrait quand même pas qu'à cause de nos petites vapeurs de privilégiés repus les générations futures payent les pots cassés par notre indignité et notre déni des réalités économiques, des contraintes extérieures et des nécessités démographiques ! Des sacrifices, voilà ce que nous devons faire.

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance / Comme un divin remède à nos impuretés dit Charles Baudelaire dans ses Fleurs du Mal. C'est quand même pas n'importe qui, Baudelaire. La souffrance est la noblesse unique, il dit aussi. Méditons en pensant à ceux qui nous suivront, nous bénissant pour nos sacrifices. Ou bien, autrement, attendons-nous à être maudits jusqu'à la fin des siècles par les petits Français du futur devant lesquels nous serons comptables d'avoir ruiné par égoïsme et par hédonisme et par je-m-en-foutisme et par Dieu sait quoi encore une nation riche, opulente et heureuse.

Pour augmenter les bas salaires il faut d'abord supprimer le salaire minimum légal, disent ceux, Cahuc et Kramarz (attention ! un des deux n'est pas de droite: de quel parti de gauche pourrait-il bien être proche, celui qui n'est pas de droite ? ça me turlupine depuis des années...) qui, il y a quelques années, avaient pondu un rapport expliquant qu'il fallait faciliter les licenciements pour faire baisser le chômage. Plus généralement, je pense qu'il faut résister au populisme et dire franchement les choses : les Français sont trop riches, surtout les salariés, surtout les ouvriers et les employés, lesquels sapent la compétitivité de l'entreprise France dans la guerre économique mondiale. Il n'y a pas d'alternatives, il faut baisser les salaires des ouvriers et des employés pour que les enfants de France ne soient pas condamnés demain à la famine.

Repousser l'âge du départ en retraite ne constitue pas qu'un expédient afin de réduire les pensions et faire crever les gens avant qu'ils ne cessent de travailler (méthode russe la plus efficace pour enrayer l'élévation insensée des coûts sociaux causée pas le vieillissement de la population), c'est aussi un moyen de plus pour réduire les salaires.   

Posté par Northmannus à 15:52 - Social - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mars 2008

LE DERNIER POILU ET LES COCUS DE L'HISTOIRE

Pour rendre un hommage convenable, il faut rester convenable. Commémorons en paix. Et ne nous creusons pas la cervelle à tenter de parer les aventures guerrières du XXIème siècle en mettant en perspective le monde actuel avec celui qui a conduit aux deux bains de sang du siècle passé. Versons très civiquement une petite larme sur la souffrance indicible des poilus. Evitons d'établir un parallèle entre les logiques d'alliances qui ont mené l'Europe à la Grande Boucherie et le réseau d'alliances tissé, à notre époque, par les Etats-Unis d'Amérique. Ainsi en 1914 l'Autriche déclare la guerre à la Serbie, la France et l'Angleterre alliée à la Serbie déclare la guerre à l'Autriche, l'Allemagne alliée à l'Autriche déclare la guerre à la France, la Russie alliée à la France déclare la guerre à l'Allemagne, la Turquie ottomane alliée à l'Allemagne déclare la guerre à la Russie, etc. jusqu'à ce que la quasi-totalité des pays européens envoient leurs mâles valides s'entretuer pendant 4 ans par dizaine de millions. Ainsi en 2007 la France est alliée aux Etats-Unis dans le cadre de l'OTAN par un accord de défense et d'assistance mutuelle en cas d'agression. Pendant que les Etats-Unis sont associés de la même manière au Japon et à la plupart des pays de l'Asie du Sud-Est ainsi qu'aux pays du Golfe. Mais ça n'a aucun rapport, jamais la France ne se trouvera embarquée dans un conflit où elle n'a rien à faire par l'effet d'engrenage des alliances nouées par son puissant "allié" d'outre-Atlantique.

Je ne suis pas expert en la chose stratégique et militaire. Aussi est-il possible que l'effet d'engrenage ne soit pas mécanique, que les alliances croisées des Etats-Unis avec les pays européens et ceux de l'Asie pacifique n'entraînent pas nécessairement l'intervention militaire de la France au cas où les Américains entreraient en guerre pour défendre un de leurs alliés asiatiques contre un agresseur odieusement impérialiste. Toutefois, l'expérience de la crise irakienne informe très explicitement, qui veut bien voir, de l'attitude qu'adopterait le gouvernement américain si son armée se trouvait embarquée dans une guerre contre une grande puissance asiatique en passe de retrouver son lustre d'antan. Qui se souvient de la violence et de la virulence haineuses qui se sont emparées de l'Amérique, des médias jusqu'aux dirigeants, contre notre pays pour la simple raison que ce dernier refusait d'appuyer la Seconde Guerre du Golfe, guerre qui était gagnée d'avance et qui l'a été dans les faits presque sans pertes pour les troupes anglo-américaines, qui se souvient du comportement et des propos ouvertement menaçants voire martiaux tenus en Amérique à l'encontre de la France à l'occasion de l'affaire irakienne, celui-là peut aisément se faire une idée du degré d'exigence d'engagement militaire direct que les Américains imposeraient à leurs alliés européens si jamais ils s'engageaient dans un conflit armé contre une grande puissance. Pour les Américains l'alliance qu'ils offrent à leurs partenaires d'Europe comme d'Asie implique pour ces derniers un alignement total sur les positions américaines, et, à plus forte raison, un soutien sans faille en cas de guerre.

Si un jour les Etats-Unis et la Chine décidaient de régler leurs différends sur le terrain militaire, la France et l'Europe se trouveraient entraînées dans la guerre, qu'elles le veuillent ou non et quoiqu'elles fassent : si elles se soumettaient au diktat du grand allié elles partiraient en guerre contre la Chine mais si elles refusaient d'entrer en guerre au côté des Américains, alors ces derniers ne se contenteraient pas de vociférer leur haine de la France, l'enjeu serait trop grave pour qu'ils laissent impuni un accroc à l'Alliance alors qu'ils auraient un besoin vital de son soutien intégral. Le système d'alliance est un piège que l'Europe risque de payer très cher un de ces jours car il est probable pour ne pas dire plausible que les deux super-puissances montante et descendante entrent en guerre, à un moment donné. Et pour cela il existe un motif tout trouvé: Taïwan.

Quand la République populaire de Chine s'est dotée d'une loi qui stipule qu'au cas où un gouvernement de la province sécessionniste proclamerait formellement l'indépendance de l'ancienne Formose le gouvernement de Pékin devrait envahir l'île militairement, la chose est mal passée en Occident, on l'a jugée un tantinet agressive. Ce qu'on oublie un peu vite c'est que le Japon lui-même, dont l'armée est constitutionnellement censée n'avoir de fonction que défensive, s'est dotée d'une législation qui l'oblige de fait à intervenir si la Chine envahit Taïwan. Ce qu'on oublie surtout, c'est que le Sénat des Etats-Unis d'Amérique a voté une loi, il y a une trentaine d'années, qui fait obligation à l'Amérique d'entrer en guerre pour libérer l'île de Taïwan si jamais celle-ci était envahie. Voilà de quoi entraîner le monde, et la France avec, dans le plus gigantesque affrontement armé que la Terre aurait jamais connu. Tant que le statu quo durera tout ira bien, tant que les dirigeants taïwanais se contenteront d'une indépendance de fait et non de droit, tant que la République populaire se satisfera d'une souveraineté purement formelle sur sa dix-neuvième province...Mais qu'adviendra-t-il si jamais une crise éclate?

On peut toujours espérer que le statu quo dure indéfiniment. Toutefois, au vu des efforts qu'a produit la Chine pour récupérer un territoire minuscule oublié du monde entier, Macao, on est en droit de penser qu'un jour ou l'autre la puissance montante n'acceptera plus que sa souveraineté sur Formose soit bravée, même en y mettant les formes. Tout repose sur l'équilibre des puissances: aujourd'hui l'Amérique est trop forte pour que rien soit tentée contre elle. Si l'équilibre actuel continuait jusqu'à la fin des temps rien n'arriverait mais l'équilibre des puissances est toujours instable, il est toujours menacé de déstabilisation, à cause de l'arrivée d'un nouvel acteur, à cause de l'affaiblissement ou du renforcement d'un acteur ancien, ainsi que l'Abbé de Saint-Pierre le soutenait déjà dans son Projet de paix perpétuel pour l'Europe publié il y a trois siècles. Or, que se produit-il à notre époque si ce n'est la déstabilisation grandissante de l'équilibre des puissances provoqué par le surgissement de la Chine, mais aussi de l'Inde, de la Russie et des monarchies du Golfe?

Comme par un fait exprès on assiste depuis plusieurs années à un accroissement vertigineux des dépenses militaires des Etats-Unis comme de la Chine; on constate que les gouvernements américains successifs reprochent à l'Europe de ne pas dépenser suffisamment d'argent pour leurs armées, alors que France, Allemagne et Grande-Bretagne dépensent à elles trois plus de 100 milliards d'euros par an pour leur défense. Comme par un fait exprès on nous ressort la guerre des étoiles avec des histoires de bouclier anti-missiles, afin, sommes-nous priés de croire, de protéger le sol américain des menées agressives d'"Etats voyous"...mille fois moins puissants que les Etats-Unis. Imagine-t-on sérieusement que le vilain populiste Hugo Chavez attaque l'Amérique alors que le programme intensif d'armements de la défense vénézuélienne est financé par les exportations de pétrole vers les Etats-Unis? Sans les dollars US Hugo Chavez n'aurait plus un centime à dépenser pour ses missions sociales, le niveau de vie des Vénézuéliens s'effondrerait, et le grand méchant loup serait renvoyé dans sa tanière en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, par ceux-là mêmes qui l'ont élu et réélu depuis 1998. La problématique est à peu de choses près la même pour l'Iran.

Il faut être d'une grande naïveté pour ne pas voir que la menace des Etats voyous n'est qu'un prétexte pour justifier une relance de la course aux armements; il faut être aveugle pour ne pas voir que l'objet de cette course est de conserver une avance technologique dissuasive vis-à-vis des puissances émergentes, tout du moins celles susceptibles de menacer le leadership mondial des Américains. Ce sont la Russie et la Chine, deux puissantes émergentes ou plutôt renaissantes, qui obsèdent les Etats-Unis, ce sont ces pays qu'ils encerclent depuis la chute du Mur; c'est contre ces pays que sont tournées les expéditions américaines. Pourquoi s'engager dans le bourbier irakien si ce n'est pour asseoir la puissance américaine dans le Golfe, au moment où les exportations d'hydrocarbure des émirats vers la Chine et l'Inde explosent, ce qui les rend moins dépendants des achats américains et européens? L'Amérique protège, et peut seule protéger, les pétromonarchies: la liquidation définitive de la terreur de ces monarchies, le régime de Saddam Hussein, rappelle opportunément aux émirs d'où ils tirent leur richesse, sous quelle égide ils prospèrent.

Comme il y a un siècle nous sommes enserrés dans des logiques de puissance et d'alliances entre puissances qui ne manqueront pas de nous entraîner vers de nouvelles catastrophes. Comme il y a un siècle la France et la Grande-Bretagne ne pouvaient laisser grandir indéfiniment la puissance industrielle, technologique, commerciale et maritime du IIème Reich allemand, les Etats-Unis et l'Occident ne pourront pas indéfiniment laisser grandir la puissance chinoise. La puissance c'est la force et la force rend paresseux, ça permet d'imposer ses intérêts économiques à tout le monde. Sur le long terme un système économique se met en place autour de la puissance dominante, de ce système nécessairement avantageux pour le dominant naissent des équilibres sociaux, par exemple une explosion de l'endettement privé financé par le monde entier, le monde dominé, organisé autour de la super-puissance, un endettement privé qui accompagne une stagnation des salaires ou une croissance de ceux-ci nettement inférieure à la croissance économique du pays, ce qui permet un formidable enrichissement des classes dominantes de ce pays sans pour autant que les classes moyennes et populaires en souffrent puisque elles pallient la médiocre progression de leurs revenus par un recours sans cesse croissant au crédit que l'économie mondiale absorbe et absorbera, on l'espère, indéfiniment. Le patriciat américain ne peut s'enrichir, car il s'enrichit réellement, lui qui annexe depuis 20 ans les neuf dixièmes de la croissance économique américaine, et contrairement aux classes moyenne et populaire dont l'enrichissement est purement virtuel, qu'à la condition que les équilibres mondiaux stratégiques, donc économiques, actuels se maintiennent. L'Amérique doit demeurer la seule et unique super-puissance mondiale, elle doit demeurer le centre de l'économie et de la finance mondiale, pour que les hiérarchies violentes de la société américaine subsistent, qu'elles demeurent socialement supportables. Le système "impérial" qui s'est construit autour de la super-puissance est le garant de la survivance du système impérial qui organise la société américaine, et les sociétés occidentales plus généralement, qui voit une petite minorité d'élus dominer une masse de relégués qui vivotent à crédit sur plus pauvres qu'eux.

On célèbre la prétendue absurdité de guerres terribles, des guerres qui étaient tout sauf absurdes mais il sied au patriciat impérial que les relégués croient qu'elles étaient absurdes afin d'éviter toute analogie malvenue entre un monde englouti et notre monde à nous qui avons "l'Europe", comme si les enjeux étaient encore sur le vieux continent, comme si les nationalismes des deux derniers siècles n'avaient pas été autre chose que les produits d'un système économique et social qui n'a pas changé d'un iota et qui est aujourd'hui en train de conquérir le monde.


Mon hommage à Lazare Ponticelli...

Posté par Northmannus à 17:30 - Monde - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mars 2008

LE JEU DE LA MARCHANDE

Hollande et Darcos sont dans un bateau...

Moquons-nous en choeur des électeurs, bras dessus, bras dessous, vainqueurs et vaincus.

Un socialiste, François Hollande, un qui aimerait être battu par Sarkozy à la prochaine présidentielle à l'instar de Ségolène Royal, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Bertrand Delanoë ainsi que d'innombrables socialistes défenseurs de la concurrence libre et non faussée, un socialiste a donc été élu conseiller général de Corrèze en même temps que conseiller municipal de Tulle. François Hollande n'est pas un âne, il sait faire les meilleurs choix, les plus utiles à son ambition élyséenne. Parce qu'évidemment, de la ville de Tulle comme du département de la Corrèze, l'homme se moque.

On se fait donc élire deux fois, pour limiter les risques de défaites, en se réservant le droit de s'asseoir sur la délibération des citoyens tullistes et corréziens. Si jamais la gauche emporte le Conseil général, on en devient le président. Sinon reste toujours le repli sur la mairie de Tulle, qu'on est à peu près certain de gagner. Cela est-il bien digne ? C'est digne d'un politicien qui vit aux crochets de la société depuis tellement longtemps qu'on se demande s'il a vraiment une existence, s'il n'est pas qu'un élément du décor, mais est-ce digne, digne tout court ? A quoi cela rime-t-il de se porter candidat à un mandat électif lorsqu’on n’a nullement l'intention de l'exercer ?

Le plus ahurissant dans l'affaire n'est-il pas encore que l'impétrant avait exposé au préalable aux électeurs ses intentions, et que ces bonnes gens aient entériné ce que je considère, parce que je suis trop sensible, comme une marque de mépris à l'endroit des électeurs ? Tout ça n'est guère civique, côté électeurs, autant que côté candidat ; ça m'a tout l'air, au contraire, d'un comportement de larbin, de sujet. Comment un citoyen peut-il accorder son suffrage à un type qui déclare ouvertement que le mandat qu'il sollicite sera pour lui purement alimentaire, un type qui n'envisage le mandat en question qu'en guise de roue de secours pour le cas où sa candidature à une autre fonction, plus intéressante relativement à son plan de carrière, ne recueillerait pas la majorité des votes des électeurs-sujets convoqués aux urnes?

Un coup à droite, un coup à gauche!

Le cas Darcos ne manque pas d'intérêt. Voilà un homme qui durant toute la campagne municipale de Périgueux a mis en avant son statut de ministre, qui a clairement explicité aux électeurs la manière dont l'Etat arrose les copains et les administrés des copains ; voilà un homme qui s'est présenté au suffrage de ses concitoyens non pas en tant que simple citoyen mais en tant que ministre, en appuyant grassement sur sa fonction dans le gouvernement national, tout en dénonçant le côté provincial du candidat socialiste ; voilà enfin un candidat trimballant ostentatoirement son portefeuille ministériel sur les marchés, dans la presse et les médias, un monsieur-le-ministre qui se ramasse en fin de compte une tôle dans une ville majoritairement de droite depuis 37 ans.

Que faire d'autre dans une situation pareille que démissionner ? Dans ce cas particulier le désaveu électoral ressemble franchement à un camouflet pour le ministre. Quand on a autant et aussi lourdement insisté sur son statut gouvernemental la défaite s’adresse clairement au ministre, à plus forte raison dans une ville traditionnellement à droite aux municipales. Mais Xavier Darcos est un bon ministre, qui plaît à Sarkozy, un bon ministre républicain qui se torche avec les bulletins glissés par les électeurs-sujets dans les latrines démocratiques. Le ministre était candidat, le vaincu n’est plus qu’un citoyen comme un autre, d’ailleurs ce sont les vilaines gens qui disent que le ministre était candidat, le candidat quant à lui n’a jamais mis en avant le fait qu’il était ministre...

Après tout, pourquoi se gênerait-il, le Darcos ? Qui se soucie de vieilleries pareilles ? Quels ringards peuvent encore se préoccuper de morale républicaine ? La République est un marché, c’est tout, les politiciens des marchands et les citoyens des clients. Faisons mumuse à la marchande, on verra bien comment le jeu finira…


Du 29 mai 2005 au 16 février 2008

Il y a quelque temps le parlement réuni en Congrès ratifiait le traité constitutionnel repoussé par les citoyens lors du référendum du 29 mai 2005, de sinistre mémoire. L'événement n'a pas suscité grande opposition. De toute façon il fallait être d'une folle naïveté pour croire que le mauvais vote populaire serait respecté: la démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple tant que le peuple enregistre docilement le dit capitaliste tel qu'il est exposé par les gens qui savent. Comme il fallait bien argumenter une ratification que des âmes absurdement républicaines considéraient comme un passage en force signalant un déni de démocratie, les gens qui savent ont sorti de leur chapeau une entourloupe un peu facile : le 29 mai 2005 les électeurs ne se sont pas exprimés pour ou contre un traité européen mais pour ou contre le président de la République Jacques Chirac.

Un peu facile, comme argument, mais expédient. Si la vile populace souhaitait avant tout exprimer son mécontentement de la politique gouvernementale le vote négatif de 55% des citoyens à la question posée (pour ou contre la ratification du TCE) peut légitimement être proclamé caduc. Si les citoyens ont souhaité sanctionné Chirac et Raffarin en votant non, sans se préoccuper des enjeux politiques propres au traité constitutionnel, on peut considérer alors que le référendum n'a jamais eu lieu et faire voter le texte, auquel quelques retouches cosmétiques auront été apporté, par les députés et les sénateurs sans pour autant commettre un déni de démocratie. C'est un peu cynique mais l'absence totale de réaction populaire au passage en force du TCE semble donner raison aux gens qui savent.

De manière un peu ironique, la gauche, et notamment la gauche de gauche, confirme sans le vouloir le raisonnement des gens qui savent. En affirmant haut et fort que l'échec des municipales est une gifle électorale adressée par le corps civique au président de la République, ils confirment du même coup la polarisation de la vie politique française autour de la seule figure du président de la République. De sorte que, désormais, tout scrutin, qu'il soit référendaire ou électoral, devrait est interprété comme un plébiscite en faveur ou en défaveur du président en exercice, sans considération pour l'objet du scrutin. L'analyse produite par la gauche, la gauche de gauche comprise, valide l'entourloupe des gens qui savent pour faire passer la pilule amère du TCE remanié.

Finalement les gens qui savent et les vils populistes sont d'accord pour constater l'immaturité du corps électoral. Et tout le monde est content...

Posté par Northmannus à 16:22 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mars 2008

LE BUZZANCENOT

Quand je pense à Fernande

Moi, je ne pense jamais ou presque, comme le commissaire Maigret. Par contre j'entends ou je lis, et quand j'entends ou lis le mot buzz s'imprime en ma conscience, je n'ose dire je pense, encore moins je b****, s'imprime le mot Besancenot. Buzzancenot, cette association d'idées me fait vaguement rigoler. Le buzz, ça n'est que la rumeur, le bruit médiatique de tel ou tel événement sans grand intérêt, un mot comme il faut pour dire bouche à oreille, sauf que ça fait plus actuel, dans le mouvement : dans le courant d'air. Le buzz c'est du bouche à oreille sans bouche ni oreille mais avec des gens professionnels payés pour faire comme si. Une onomatopée comme un tue-mouches, voilà le buzz.

Olivier Besancenot me fait le même effet. Non que je lui reproche d'être un faux révolutionnaire; je crois franchement qu'il en est un vrai. (A titre personnel je préfère encore les faux révolutionnaires.) Besancenot et son orchestre me donnent l'impression d'être des marchands de courants d'air. Les professionnels du buzz font passer dans les courants de l'air du temps ce qui relève de stratégies économiques d'enrichissement privé : on croit être dans le coup, branché, hype, etc. quand on est qu'une dupe. Avec le buzzancenot c'est pareil, la lutte faisant office de courant d'air, la dénonciation des injustices avec : on s'imagine bêtement qu'on agit contre la barbarie capitaliste quand on est que la dupe de vieilleries encore plus dégueulasses que le capitalisme.

Un exemple concret de buzzancenot : le pouvoir d'achat des employés smicards ou à peine au-dessus du SMIC. On dénonce véhémentement les salaires trop bas et les méchants patrons. Les patrons et les capitalistes sont des salopards, des voyous et des mafieux couverts par la loi républicaine et européenne ; ils se remplissent les poches en exploitant la misère du monde, ils mutilent et tuent tant que rien ne s'oppose à eux (genre syndicats, un truc un peu plus efficace que l'Etat, même si le mieux est que ces deux-là se préoccupent également et conjointement de la sécurité et de la santé des travailleurs) : avec les trafiquants de drogues, les marchands d'armes et les souteneurs il saute dangereusement aux yeux que les patrons et les capitalistes forment la pire engeance qui soit sur la Terre. Cela étant, il ne suffit point de dénoncer les méchants pour être soi-même gentil : les nazis vilipendaient (et tuaient carrément) les bolcheviks, lesquels se distinguaient assez nettement par leur méchanceté à l'endroit du genre humain, ce qui ne faisait pas pour autant des SS Tête de mort des gens gentils.

Les patrons sont des salops et des voleurs. Ils se refusent à payer les petits employés correctement. Ainsi les entreprises de la grande distribution gagnent beaucoup de jolis euros grâce aux gentils consommateurs. Aussi grâce aux gentils employés. Pourtant les gentils patrons s’opiniâtrent et envoient bouler, avec le soutien de Monsieur le préfet et des Compagnies Républicaines de Sécurité, les vilains employés qui font grève afin de grappiller quelques-uns des jolis euros que les gentils consommateurs abandonnent nonchalamment aux gentilles hôtesses. Ils veulent des sous, les employés, elles veulent des sous, les méchantes hôtesses, ce que Besancenot et son orchestre comprennent très bien, aussi soutiennent-ils les légitimes luttes salariales dans toute la France et jusque sur les plateaux de télévision, les émissions de radio, les colonnes des journaux à grand coup de lattes verbales à propos du pouvoir d’achat tout rabougri des ouvriers et des employés et des fonctionnaires. Moi aussi je soutiens les grévistes en lutte pour obtenir de meilleurs salaires, seulement, moi et mon auguste personne ne promouvons pas par ailleurs la décroissance non plus que nous ne récriminons contre la société de consommation.

Peut-on défendre dans les médias le pouvoir d’achat des classes populaires (qui constituent d’ailleurs un ensemble assez flou) et proposer dans les meetings, entre militants, de réduire la consommation à la seule satisfaction des besoins ? Si les ouvriers et les employés et les fonctionnaires luttaient pour leur survie, s’ils exigeaient de meilleures rétributions afin de se nourrir, de se loger, de se vêtir et de se soigner, il n’y aurait pas d’incohérence dans les discours et je n’irai pas dire que le facteur pratique le double langage, à la manière des sectes. Toutefois, le fait est que le trouble grandissant des catégories de salariés susdites ne provient pas d’une disette : nous ne sommes pas dans l’Amérique ouvrière et paysanne des années 30, où les gens crevaient quasiment de faim. Les smicards de la France actuelle ne vivent pas dans la misère, pas plus les fonctionnaires ou les ouvriers. Ce qui cause la souffrance et la frustration de ces classes sociales c’est essentiellement de ne pouvoir accéder à la consommation, c’est de n’être pas en capacité financière de s’adonner frénétiquement au shopping. Les hôtesses de caisse et les autres employés de chez Carrefour défendent certes leur bifteck quand ils se battent pour de meilleurs salaires mais ‘défendre son bifteck’ ne signifie pas simplement s’assurer des revenus suffisants pour satisfaire ses besoins : cela signifie gagner plus que ce qui est nécessaire à cette satisfaction élémentaire, cela signifie pouvoir s’acheter 50 paires de godasses pour l’hiver et 50 autres pour l’été, ce qui implique de pouvoir s’acheter des meubles range-chaussures donc de disposer d’un logement spacieux, etc., tout ça coûtant de l’argent ; cela signifie pouvoir partir en séjour aux Canaries et faire du ski en hiver ; cela signifie avoir un grand écran plat dans la salle de séjour et des télés dans toutes les chambres ainsi que dans la cuisine, avoir au moins un ordinateur voire en acheter un à ses enfants en plus de l’ordinateur familial ; cela signifie pouvoir consommer des biens et des services comme des loisirs.

Tous ces ouvriers que Besancenot prétend défendre luttent pour jouir des agréments de la société de consommation, ils luttent pour maintenir leur place dans la civilisation consumériste, une place active qu’ils ont acquise depuis les événements de Mai 68. De la même manière que les ouvriers en grève de Mai 68 rêvaient de pénétrer de plain pied dans la société de consommation alors que les étudiants grévistes aspiraient eux à la détruire, de la même manière Besancenot prône un modèle de société qui est incompatible, et même opposé, avec la volonté politique des classes populaires « en lutte ». Telle incompatibilité n’est pas en elle-même problématique, pour autant qu’on ne dit pas à ces classes en lutte ce qu’elles ont envie d’entendre (pouvoir consommer comme un cadre ou un ingénieur par exemple sans être soumis à une sobriété contrainte par manque d’argent) alors qu’on préconise, hors la présence des caméras et des micros, l’établissement d’un système économique et social dont la fin est de répondre aux besoins des hommes en éliminant le superflu, le luxe même frelaté qu’on assimile à du gaspillage. A quoi servira-t-il aux smicards d’être mieux payés s’il n’y a plus rien à consommer ? A quoi sert-il de faire croire aux smicards qu’on défend leurs revendications salariales quand la vie frugale, rudimentaire d’un smicard actuel correspond à ce que serait le niveau de vie de tous dans une économie des besoins et une société de décroissance ?

Certes on pourra objecter que le projet défendu par la LCR n’est pas caché, que ces classes sociales peuvent très bien s’en informer. Mais on oblitère alors la réalité, qui est que très peu de gens se renseignent directement des projets politiques des partis : la majorité des gens font confiance à la presse aux médias, et même si leur confiance est limitée c’est par le biais de la presse et des médias que l’immense majorité des gens s’informent. De fait, personne ne lit ni les programmes ni la prose politique, hormis les professionnels qu’on appelle journalistes et dont le devoir en démocratie est d’apporter aux citoyens des informations leur permettent de former un jugement raisonné. De fait si les médias se contentent de servir la soupe aux acteurs du débat politique l’immense majorité des gens, en fait tout le monde, se contentera de la soupe. Et ça, les Besancenot et les Krivine le savent pertinemment, ils en jouent, avec cynisme, en bons militants trotskistes.

Un mouvement politique qui utilise l’ignorance du peuple pour gagner en influence, comment le qualifie-t-on ?

Posté par Northmannus à 17:27 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 mars 2008

RUSSIAN WAY OF LIFE

Où comment sauver nos régimes de retraite avant la faillite générale de la France et de l'Europe

Les Russes, en plus d'être des barbares, sont fragiles du foie. Ils boivent plein de vodka, et même de la vodka frelatée. Le résultat est effarant: 58 ans d'espérances de vie pour les mâles. Ils tombent comme des mouches, les Russes mâles. Mais est-ce vraiment de la barbarie? Ne serait-ce pas une habile mesure sociale d'ordre prophylactique?

Les retraites coûtent cher. Et coûteront de plus en plus cher à l'avenir. Tant et si bien que la collectivité finira par être obérée par les transferts de richesses à ces oisifs. Si l'on y prend garde, l'économie tombera en ruine. C'est là que la prévoyance des Russes intervient, c'est là qu'ils sauvent, ces barbares, l'Occident de l'effondrement et de l'anéantissement.

Pour sauver les retraites, la solution consiste à faire en sorte qu'un nombre très important de personnes susceptibles de devenir pensionnées meurt avant l'âge de la retraite. D'un coup l'avenir s'éclaire, l'horizon lumineux ouvre à des lendemains de joie et de labeur. Etant donné la nature délicate de l'individu européen, il n'est pas question de lui faire ingurgiter des quantités excessives d'alcool, à plus forte raison frelatée. Il ne faudrait pas attenter au potentiel productif de chacun, ce serait très mal, ça l'empêcherait de s'épanouir dans le travail. Nous autres hommes de l'Europe sommes civilisés, point barbares comme les Russes.

Subtilement nous résoudrons le problème en nous inspirant du russian way of life si bénéfique aux caisses de retraite mais en l'adaptant aux conditions européennes. Point de vodka ni de tabac qui coûte des sous aux caisses d'assurance maladie et prive les entreprises de leurs forces vives encore jeunes bien souvent. Si seulement le cancer du tabac bien souvent causé par la manipulation de produits toxiques dans le cadre du travail en milieu capitaliste -heula! un populiste terroriste extrémiste communiste chaviste castriste fasciste, et même plus encore, s'est glissé contre ma volonté entre le clavier et la page, ah! c'est pas bien- s'il voulait bien ce gentil cancer se déclarer à 55 ans, la solution serait toute trouvée. Une bonne raffarinade et le tour serait joué: "le fumeur étant responsable de sa maladie il n'appartient pas à la collectivité de la prendre en charge, etc.". On responsabilise l'individu et le malade peut crever sans coûter un sou, après qu'il a dépassé sa date de péremption productive et avant qu'il ne suce le sang de la nation en se gondolant sur son hamac de retraité. Mais le cancer du tabac frappe à tout âge, il faut bien lutter contre, à tout le moins contre ceux qui sont vraiment dus au tabac parce que pour les autres aucun recours n'est malheureusement possible sauf à prendre le risque d'un cataclysme de l'économie française et européenne dont les premières victimes seraient justement ces ouvriers que l'on voulait protéger: c'est pour leur bien que les entreprises capitaliste, certaines entreprises capitalistes, tuent les ouvriers à petit feu, le bien des ouvriers, bien entendu, n'en déplaise au populiste.

Le cancer du tabac ne peut nous tenir lieu de vodka frelatée. Le ciel a beau être vide, l'Europe n'en est pas moins bénie du ciel. Si nous n'avons pas de vodka frelatée, nous bénéficions de l'expertise de pleins de gens qui savent, qui trouvent des solutions aux problèmes épineux. Pour sauver les retraites en empêchant les travailleurs d'en jouir il suffit de repousser l'âge du départ en retraite. Peut-on rêver solution plus simple et plus adéquate? Sachant qu'un ouvrier, par exemple, décanille entre 70 et 75 ans en moyenne, en repoussant à 60 ans au lieu de 55, puis à 65 ans au lieu de 60, enfin à 70 ans au lieu de 65 ainsi que le préconisaient les socialistes Schröder et Blair, et même à peu près tous les leaders socialistes d'Europe, on extermine du même coup les ouvriers retraités, ce d'autant plus qu'en les contraignant à travailler davantage on précipitera leur défunction salvifique pour la société. Certes, un esprit populiste pourrait voir là-dedans du cynisme, comme quoi on maquillerait une politique d'euthanasie sociale en arguant du sauvetage des systèmes de retraite.

Resterait à payer les retraites des cadres mais c'est une autre affaire. D'abord les cadres ne se laissent pas berner par des méchants populistes. Un cadre ça fait jamais grève, sauf quand ça se licencie, et encore pas toujours. Un cadre c'est bien pratique pour exploiter les ouvriers, pour optimiser la production veux-je dire. Un cadre c'est un peu comme une clôture électrique vivante, une bétaillère vivante, un abattoir vivant, avec, dans le rôle de la bête à viande destinée à nourrir un monde auquel elle n'accèdera jamais, l'ouvrier. Le cadre doit être récompensé, c'est pourquoi on peut le laisser partir à 70 ans, bien qu'il tende à crever autour de 80 ans. Il faut savoir récompenser ces sbires: après 50 ans de bons et loyaux services une dizaine d'années de repos sont amplement mérités.

Posté par Northmannus à 16:07 - Social - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mars 2008

A propos des résultats des élections municipales

Enfin, le paysan de Solesmes parût. Et la lumière fut.

Le grand François Fillon, homme remarquable à de nombreux égards, eu égard surtout aux turpitudes présidentielles, le grand François Fillon s'exprimait hier soir à la télévision, commentant les résultats du premier tour des élections municipales. Heureusement qu'il est là, le grand, heureusement qu'on l'a, le taiseux, l'homme de l'Ouest catholique et alcoolique (les adjectifs qualifient l'Ouest, pas l'homme). Avec François Fillon tout va pour le mieux et la désignation d'édiles gérant 85 milliards d'euros par an ne constitue en rien un enjeu politique mais une affaire "locale".

Le premier ministre envisage-t-il de postuler à l'Académie française ? La question est d'importance, pour un homme qui apprécie visiblement de réformer le sens des mots qu'il utilise. Ainsi donc "politique" devient synonyme de national et de gouvernemental, cela ne désigne plus la chose publique mais l'action de l'exécutif national. Nous sommes probablement priés de considérer que la chose municipale n'est pas publique, que la décision prise par un maire et son conseil n'a donc rien de politique. S'il le dit, le maire de commune rurale, l'ancien président du Conseil général de la Sarthe, ça doit être vrai, vu qu'il a de l'expérience le hardi défenseur des réformes impopulaires, des réformes difficiles (à supporter pour les faibles et les sans pouvoir) mais nécessaires (pour l'enrichissement des puissants, pour le contentement de l'appétit insatiable de pouvoir de ceux qui ont déjà le pouvoir).

A bien y réfléchir le caractère apolitique de l'action publique "locale" saute aux yeux. Tout d'abord l'évidence: si des partis politiques de toute obédience présentent des listes aux municipales, c'est que la politique est absolument absente des politiques locales, politiques locales que l'on nomme ainsi par paresse intellectuelle, par facilité de langage, par un mimétisme un peu vain de la chose nationale: la Politique. Ensuite, il est patent que la décision de construire du logement social ou de ne pas en construire ne résulte en rien d'un choix politique; que faire le choix de concentrer le logement social dans des quartiers réservés ou de les disséminer dans la ville ne relève nullement de quelque considération politique; que laisser les promoteurs privés construire à leurs guises les logements que bon leur semble aux prix qui arrangent le mieux leur portefeuille ou contraindre ces promoteurs à réserver une partie de leurs édifices au logement social ne procède aucunement d'une volonté politique. Quand une agglomération opte pour l'étalement urbain et la dissémination des zones d'habitat, rendant ainsi plus difficile l'organisation des transports en commun, et donc la mobilité interquartiers des gens aux revenus les plus faibles il ne s'agit vraiment pas d'un choix dicté par une volonté de maintenir ou de susciter la ségrégation spatiale des différentes couches sociales. Alors que la communauté qui choisit d'oeuvrer à la densification de la ville centre, des banlieues et des bourgs de l'agglomération ne s'engage pas en faveur d'un plus grand brassage social de la population locale. Urbanisme, logement et transports n'impliquent en aucune façon une quelconque volonté politique, n'ont aucun rapport avec la vie de la Cité, ne procèdent nullement de visions particulières du monde ou d'une intention d'influer sur l'ordre social injuste des choses dans un sens ou dans un autre, avec l'idée que cet ordre doit être protégé et prolongé indéfiniment ou qu'il faut en finir avec son injustice.

Les politiques sociales des communes ne sont nullement de la politique, leurs politiques culturelles non plus. Quant à l'élection des sénateurs qui légifèrent en compagnie des députés, cela relève d'on ne sait trop quoi...


Toujours est-il que le premier tour est passé. Des commentaires le temps est venu. La vague rose sera vaguelette pour certains. L'élection de la plupart des ministres au premier tour sera l'arbre qui cache la forêt rase après la tempête socialiste pour d'autres. La sanction du pouvoir sera pour les uns positives et pour les autres négatives. Et blabla blabla blabla.

Pourquoi faut-il toujours tirer des conclusions nationales du scrutin municipal? Pour ma part je veux bien admettre que l'approbation ou le rejet des politiques gouvernementales joue pour partie dans les résultats de ce scrutin. En revanche les analyses nationales desdits résultats me laissent pantois. Tout d'abord, la participation est nettement moindre que lors de la présidentielle: un peu moins de 30 millions de votants contre un peu plus de 36 millions en mai 2007, soit 3 fois l'écart de voix entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Qui peut dire ce que feraient ces 6 millions d'abstentionnistes en cas de vote national? Ensuite, un quart des Français résident dans des communes rurales, où les listes ne sont pas estampillées PS, UMP ou Modem: comment estime-t-on la couleur politique du vote de ces 25% là? Si on ne les prend pas en compte, que ce soit par snobisme ou pour quelque autre raison, l'analyse des résultats en terme de sanction du pouvoir national perd son sens puisque elle ne repose plus que sur 75% des votants alors que les 25% qui ne sont pas pris en compte peuvent faire basculer d'un côté ou de l'autre la balance et inverser la tendance nationale. Enfin, au vu des scores réalisés par certains candidats, il apparaît clairement que la notoriété et l'implantation locales jouent un rôle considérable dans les résultats. Quand le Modem recueille 20% à Saint-Etienne et à peine 5% à Annecy, quand un maire divers droite de Honfleur est réélu avec 83% des suffrages, qu'ailleurs un candidat socialiste sortant obtient 70% des voix, il semble probable que l'influence des enjeux nationaux soit marginale.

Que m'importe à moi qui suis Argentanais que Colmar soit dirigé par Alfred plutôt que par Arthur ou Ernestine. Etant moi-même de gauche je préfère, certes, voir le chef-lieu haut-rhinois gouverné par un ou une maire de gauche, de la même manière que la victoire du PSOE en Espagne me fait plaisir. Mais ça ne me concerne pas directement: je ne suis citoyen ni de Colmar ni de l'Espagne et les décisions que prendront édiles colmariens et gouvernants espagnols n'auront pas d'incidence sur mon existence (mon compte en banque par exemple). Personnellement je préfère que la liste de la gauche argentanaise l'emporte pendant que, globalement, la droite est favorisée dans une majorité de villes, plutôt que de voir Argentan affligé d'un maire anciennement de droite passé au centre puis revenu à droite pendant que la gauche raflerait la majorité des villes du pays. Une commune n'est tout de même pas rien, l'action ou l'inaction municipale me semble constituer une chose suffisamment importante pour que les citoyens qui se rendent aux urnes procèdent à un vote positif, lié aux enjeux politiques municipaux, et non un vote pour ou contre le gouvernement du pays.

A cet égard la manière paresseuse dont usent les médias pour couvrir ces résultats n'est-elle pas indigne d'une nation démocratique? La presse et les médias ne sont-ils pas censés informer les citoyens afin de leur permettre de porter un jugement élairé? Si nombre de citoyens se désintéressent de l'élection municipale (c'est leur droit), faut-il que les médias concourent à désinformer ceux qu'elle intéresse en réduisant la vie politique aux bisbilles internes au PS et à l'UMP? Faut-il qu'en France la politique se réduise à choisir un président parmi les cratopathes qui pullulent dans ces deux partis?

 

Posté par Northmannus à 17:02 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mars 2008

Comparaison n'est pas raison

Qui ne se souvient de la triste et lamentable affaire du Crédit lyonnais ? 130 milliards de francs de pertes, quelle honte ! Que n'a-t-on entendu à propos de l'incapacité de l'Etat à s'investir dans l'économie ? C'est que les errements coupables de la banque supposément publique ont coûté chers aux contribuables français. Devant pareil événement il devient nécessaire d'agir, de réformer, de remettre en cause le modèle obsolète des nationalisations. Si une banque publique se trouve quasiment acculée à la faillite, il est alors évident qu'il faut rompre avec la propriété publique nationale des entreprises bancaires. Car ce n'est pas tant l'entreprise qui fait faillite mais le vieux monde archaïque, le colbertisme, le dirigisme, la socialisation de l'économie.

Au bord du précipice représenté par la gabegie et l'impéritie publiques, point d'alternative. Pour obvier la ruine définitive de la nation, tourner les talons et détaler en sens inverse s'imposent: c'est-à-dire, rendre au marché la gestion entière de l'économie, reprivatiser les banques publiques. Et abolir définitivement toute idée de nationalisation économique. L'Etat est incompétent dans le domaine bancaire, comme en tout domaine de l'activité économique, constatons-le modestement car il faut savoir tirer la leçon de tout échec si l'on veut progresser.

130 milliards de francs soit 20 milliards d'euros, c'est une belle somme en regard des dizaines et des dizaines de milliards d'euros de pertes annoncées par les banques américaines, suisses, britanniques, françaises, allemandes, etc. à  l'occasion de l'affaire des subprimes. Par un étrange phénomène acoustique, la petite chanson jouée dans les années 90 au sujet de la nécessité de "réformer" les politiques économiques en liquidant les entreprises publiques, cette étrange chanson semble avoir été oubliée. Nous voilà en présence de plusieurs affaires crédit lyonnais à l'échelle mondiale mais il semblerait qu'aucune leçon définitive ne doive être tirée de la quasi mise en faillite de plusieurs grandes banques internationales dont une faillite réelle aurait des conséquences graves pour toute l'économie.

Certes, une autre petite chanson se donne à entendre, mièvre et sucrée. En effet ç'est pas joli joli, les bêtises aux banques capitalistes. C'est très vilain. Il faut faire quelque chose! "Ethique" susurre doucement à nos oreilles la chanson, "moralisation des affaires"; il ne manque plus que le dernier couplet sur la "responsabilisation des acteurs" et l'affaire sera enterrée, les petits capitalistes qui font mumuse et mettent en danger l'économie du monde pourront reprendre leur petit jeu. Et bien sûr l'Etat sera auparavant passé à la caisse, comme la nationalisation de Northern Rock décidé par le gouvernement britannique nous le montre. Le renflouement de la banque a déjà coûté plusieurs dizaines de milliards d'euros à la collectivité, bizarrement sans que cela émeuve le moins du monde les défenseurs forcenés du contribuable qui vitupéraient, et vitupèrent encore, contre le montant bien moindre d'argent public que le sauvetage du Crédit lyonnais occasionna. Les seuls reproches qu'on ait pu entendre dans la bouche des libéraux intégristes concernent le principe-même de la nationalisation, une odieuse méthode soviétique, et le retour en arrière initié par le gouvernement néo-bolchevique de Gordon Brown, dont chacun sait quelle est la radicalité socialiste.

Bêtement, j'aurais tendance à penser que ces affaires devraient amener les hardis réformateurs (qui savent tirer la leçon des erreurs commises) à mettre en cause la libéralisation des marchés financiers, la libre circulation des capitaux, et toutes les politiques économiques conduites de main de maître, généralement par des gouvernements "socialistes", depuis les années 80, lesquelles sont à l'origine des crises financières à répétition qui secouent les économies, coûtent des sous aux contribuables et minent la croissance qui est censée créer des emplois. Je scrute la télé et le journal, rien ne point à l'horizon. Nulle condamnation du gaspillage d'argent public dû au renflouement de la Northern Rock, et peut-être de quelques autres, tant les banques ne cessent d'annoncer des pertes grandissantes. Nul discours sur les conséquences sociales qu'aura la campagne de fusions interbancaires qui risque de s'engager dans le secteur bancaire allemand, réputé pour le grand nombre de ses entreprises et l'émiettement conséquent de son marché bancaire (c'est très mal d'ailleurs, l'émiettement du marché, comme le disent régulièrement les pages économie du Monde, entre autre, on ne sait pas pourquoi mais c'est très mal). Plusieurs milliers de salariés français furent entraînés dans le naufrage du Crédit lyonnais, combien d'employés des banques allemandes seront quant à eux licenciés quand leurs employeurs commenceront de s'entre-acheter les uns les autres à coups de milliards d'euros?


Le même phénomène se répète toujours. Ainsi l'affaire du comité d'entreprise de Volkswagen. Le responsable syndical de l'entreprise a bénéficié des années durant de cadeaux de la part de l'entreprise, il était corrompu. Aussitôt le scandale dénoncé les tempêtes de la réforme tonnent. L'affaire Volkswagen démontre l'échec de la cogestion des entreprises, en signe la déroute. C'est la preuve qu'il faut en finir avec ces soviets. Quelques anges passent, les affaires de corruption engageant les cadres dirigeants de grandes entreprises allemandes se multiplient mais dans ces cas-là nul propos péremptoire enterrant le mode de gouvernance (pour écrire comme les journaux) des entreprises capitalistes. Il ne s'agit que de cas particuliers, de dévoiements honteux sans conséquence pour le système.

Et ainsi de suite...

   

Posté par Northmannus à 16:36 - Economie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mars 2008

Esprit républicain frappeur

Pourquoi donc les Niçois devraient-ils voter en faveur de monsieur Estrosi, ci-devant secrétaire d'Etat à l'Outre-mer et président du conseil général des Alpes-Maritimes? On peut en effet douter qu'il ait grand temps à consacrer à la ville de Nice. Ou alors qu'une fois élu maire il bâclerait l'oeuvre grandiose qu'il bâtit jour après jour en son secrétariat d'Etat, laquelle a déjà permis de créer un tandem Flosse-Temaru en Polynésie, alliance de la carpe chiraquienne dans la ligne de mire de la justice depuis des temps immémoriaux et du lapin indépendantiste copain du Parti socialiste et très apprécié du côté de Canberra (où on aime beaucoup les petits Etats sans le sou du Pacifique, sans doute en raison d'une générosité compulsive). Dans les deux cas les Niçois ont tout intérêt à envoyer une bonne gifle électorale au grand homme, champion motocycliste à ce qu'il paraît: soit en tant que citoyens niçois soit en tant que citoyens français, ou encore en tant que citoyens niçois et français.

Mais un Estrosi ne se laisse pas démonter par de si piètres arguments et sait répondre aux mauvaises langues qui insinueraient qu'il se fout de la cité nissarde autant que de la nation française. Un ministre, c'est toujours bon à savoir, a pleins de copains, des relations économiques, politiques, dans la haute administration, partout où un quelconque pouvoir s'exerce. Un ministre ça cause avec les autres ministres, avec le président de la République, c'est au courant de tout. Un ministre ça peut rapporter gros à la ville qui l'élit maire, comme monsieur Christian Estrosi le disait crânement sous l'oeil des caméras de TF1 il y a quelques semaines de cela. "Si vous votez pour moi, bonnes gens, je pourrai, en tant que ministre, amener à Nice des investissements qui autrement seraient destinés à d'autres villes de France". Qu'en termes républicains ces choses-là sont dites. Quand je pense à tous les ringards qui veulent qu'un ministre se préoccupe de l'intérêt général, je me félicite que la France soit gouvernée par une droite et une gauche modernes.


Autre endroit autres moeurs. Périgueux est une ville moins cossue que la capitale des Alpes-Maritimes, pleine de fonctionnaires et d'employés. C'est tout de même une commune avec un maire et des candidats à la mairie parmi lesquels on compte Xavier Darcos. Un homme sérieux, ministre de l'Education nationale, un autre calibre que le zigoto en charge de l'Outre-mer. Un homme républicain celui-là, il dirige l'Education nationale le gars. Il a quand même été nommé par Sarkozy, qui trouve déficiente l'instruction civique des élèves et veut la renforcer. Le ministre chargé d'une telle tache ne saurait être comparé à l'Estrosi. Toutefois sa qualité de grand républicain ne l'empêche pas de souhaiter ajouter à sa fonction de ministre de l'Education nationale, qui semble lui laisser beaucoup de temps libre, celle, récréative sans doute, de maire du chef-lieu de la Dordogne.

Le malheur est toujours grand pour l'homme d'exception, constamment moqué et critiqué par les médiocres bêlants. C'est terrible, tous ces gens qui s'étonnent qu'on puisse être ministre et maire à la fois, qui craignent qu'on délaisse une fonction au profit de l'autre, ou qu'on bâcle et son travail de maire et son travail de ministre. Les gens sont cons. Ils ne comprennent pas que ces deux fonctions sont complémentaires, et qu'être maire sans occuper de mandat national ne sert à rien. Mais les gens sont super cons, surtout les Périgourdins, qui restent interdits quand un ministre de la République, en charge de l'éducation des enfants de France, sous-entend en termes à peine voilés que les relations personnelles, le copinage en somme, président davantage à la prise de décision gouvernementale que le souci du bien public. "Et pourquoi qu'un ministre ça pourrait pas rapporter gros ?" s'étonne le ministre.

Les gens sont vraiment méga cons. "Et alors, quand j'étais ceci cela, un ponte dans une boîte privée à Paris, je faisais profiter ma bonne ville et mes chers administrés de mon entregent dans le milieu économique: pourquoi qu'ça s'rait différent maintenant que je suis un ponte de la RF compagnie?" Parce qu'un cadre dirigeant d'une entreprise privée est au service d'intérêts privés et non d'intérêts nationaux, parce qu'il est investi par un patron et des investisseurs et non par le président de la République et l'Assemblée nationale, parce qu'il gère de l'argent privé librement investi par des individus ou des entreprises afin qu'il leur rapporte des dividendes et non de l'argent public collecté par le fisc afin d'assurer le bien-être de la nation tout entière et procurer à cette dernière des services publics assurant aux citoyens un égal accès à l'instruction, aux soins hospitaliers, etc..

Le gouvernement procède au nom de la nation, pas au nom des copains. Affirmation péremptoire auquel un Darcos répondra que tout ça est bien ringard...


En 2004, Alain Lambert conseille le président de la République Jacques Chirac après avoir été ministre du budget. Ancien maire d'Alençon, mandat qu'il avait abandonné pour se consacrer à son ministère, il décide de se présenter en tant que tête de liste pour les élections régionales bas-normandes dans le département de l'Orne. Au même moment il se porte candidat au poste de conseiller général de la ville d'Alençon. C'est son droit, dira-t-on, à l'inconvénient près que ces deux mandats ne sont pas compatibles et que le soir du second tour, élu facilement au conseil régional et au conseil général, il annonce à ses braves électeurs son intention de démissionner immédiatement de l'un des deux mandats qu'ils viennent gentiment de lui confier. Je salue cette attitude hautement républicaine, symbole d'une intégrité sans faille, qui consiste à postuler à des mandats électoraux dont on sait, avant même d'être élu, qu'on ne les remplira pas...

Le sieur soupire fort après le Sénat, il opte donc pour le conseil général dont il deviendra président en 2007, un an avant le renouvellement des sénateurs de l'Orne et démissionne du Conseil régional avant même d'y avoir mis les pieds. Les sénateurs sont désignés par les communes, et les communes rurales sont surreprésentées par le mode de scrutin, or le Conseil général pourvoie, par la subvention, aux finances de ces myriades de petites communes sans ressource. Quand on sait que 60% des Ornais vivent dans ces petites communes, on comprend l'intérêt stratégique qu'il y a à occuper la présidence du Conseil général pour qui aspire à devenir sénateur. Voilà le conseiller élyséen président du Conseil général de l'Orne.

Rien que de très anodin certes. Jusqu'à la campagne municipale où l'homme se ballade un peu partout dans le département, pour rendre visite à ses copains. Par exemple il se rend dans la ville d'Argentan, qui a le mauvais goût d'élire depuis 1989 des municipalités socialistes soutenues par le PCF local. Dans un département qui compte 35 cantons à droite sur 40, cela constitue une anomalie, une tache rouge sang sur la carte. Une honte à laquelle il faut remédier. Pour ce faire quelques insinuations au journal du coin peuvent toujours servir. C'est ainsi qu'Alain Lambert déclare au Journal de l'Orne, qui diffuse dans le pays d'Argentan, son soutien public au candidat de l'UMP, M. Jaglin, élu conseiller général de la ville en 2004. Qu'un ponte de l'UMP soutienne, à titre privé, un candidat UMP se comprend et n'a rien de répréhensible mais quand le ponte en question déclare le faire en tant que président du Conseil général cela pose quelques petits problèmes d'interprétation. Faut-il en déduire que, dans le cas où la populace argentanaise voterait pour la quatrième fois en faveur du candidat Pavis, tête de la liste socialo-communiste (!), le Conseil général pourrait se montrer moins généreux avec la ville "rebelle"? Faut-il comprendre que, si la ville élisait m. Jaglin comme premier magistrat, le Conseil général arroserait la commune de subvention?


Toutes ces récriminations, j'en suis certain, ne sont que des points de détail de l'histoire de la République...

 

Posté par Northmannus à 16:29 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »