Opinions idiotes

N'importe quoi sur tout et rien...

06 avril 2008

NOUS SOMMES TOUS NOS PROPRES MAQUIGNONS

Celui qui pisse le plus loin

Il y a quelques années le Produit intérieur brut chinois a dépassé celui de la France, comme un symbole du déclin irréversible du pays. Tout le monde s'en fout plus ou moins de la Chine, à plus forte raison qu'elle nous dépasse au plan économique; qui plus est les Chinois sont 25 fois plus nombreux que nous: l'argument du déclin laissa indifférent à cette occasion. Mais le PIB chinois n'est pas le seul qui ait dépassé celui de la France, celui de la Grande-Bretagne aussi, ce qui permet plus facilement la comparaison, vu la proximité géographique, économique et démographique des deux nations.

L'affaire a donc fait quelque bruit. Un doux bruit de bottes bien capitaliste. La perfide Albion repasse devant la France! La chose n'est pas anodine mais pleine de sens. Car cette expansion formidable de l'Angleterre est le fruit des réformes impopulaires engagées par Margaret Thatcher, que la France est supposée n'avoir pas réalisées. La flexibilité du marché du travail, comprendre la précarité pour les travailleurs, les privatisations de tout et n'importe quoi, comprendre pertes d'emploi et de salaires et baisse de l'investissement productif, la libéralisation des marchés financiers: toutes choses que nous n'avons jamais eu le bonheur de connaître. Il est vrai que la France n'est pas allé aussi loin dans ses politiques réactionnaires qui fleurent bon l'avant-guerre, ou plutôt l'avant-reconstruction qui n'avait pas consisté seulement à rebâtir les édifices mais aussi à édifier la Sécurité sociale et à nationaliser une partie de l'économie. Il n'empêche que les réformes menaient en France depuis 25 ans proviennent des mêmes sources que celles imposées par Thatcher, Major et Blair.

Peut-être, justement, est-ce parce que la France est restée au milieu du gué qu'elle patauge dans la crise ? Toujours est-il qu'au cours de l'année 2007 le PIB français est repassé devant le PIB britannique, dans l'indifférence générale, à commencer par celle des médias et des déclinologues. Pourquoi donc un tel silence quand on célébrait bruyamment le dépassement, lorsqu'il marchait dans l'autre sens ? Ce silence a peut-être la même origine que celui qui omet systématiquement de rappeler que le taux de pauvreté britannique a toujours été plus élevé que le français durant ces 25 dernières années; même si l'écart est assez faible il n'en demeure pas moins vrai, malgré le boom qu'est censée avoir connu l'économie britannique et la stagnation qu'est censée avoir subi la française, malgré le "plein emploi" d'un côté et le "chômage endémique" de l'autre. Sans doute sont-ils lotophages ces experts en déclinologie française qui s'esquintent les neurones à essayer de faire comprendre aux ahuris le drame que représente l'expatriation des 200 000 Français de Londres, en oubliant que ça fait maintenant 15 ans qu'on nous rebat les oreilles de ce conte, en oubliant qu'il ne s'agit la plupart du temps que de gens de passage, la preuve en est que malgré le grand nombre de Français qui s'expatrient annuellement outre-Manche le nombre total de Français reste stable. En omettant surtout que la Grande-Bretagne est aujourd'hui le plus grand pays d'émigration parmi les nations développées, ce qui explique également qu'elle importe en si grandes quantités des immigrants, lesquels ne viennent pas occuper les emplois créés par un boom économique purement virtuel mais tout simplement remplacer les travailleurs britanniques qui partent en masse, année après année, s'installer de par le vaste monde anglo-saxon.


Celui qui satisfait ses besoins

Qu'importe, d'ailleurs, que le PIB anglais soit plus gros que le français, ou le français plus gros que l'anglais. Qu'importe les statistiques foireuses et qui ne signifient rien la plupart du temps. En fin de compte c'est toujours et partout les mêmes salades pourries que nous sommes priés de manger poliment: qu'on soit ici un peu plus libéral et là un peu moins ne changera pas grand chose à la réalité de l'économie capitaliste. L'enrichissement national ne signifie rien en soi, il peut reposer sur l'appauvrissement de certaines couches de la population. Il constitue cependant une rhétorique puissante: la croissance qui sauve le monde, un peu comme Bruce Willis. La croissance qui sauvera le monde une fois que les réformes propitiatoires auront abouties : libéralisation et libre échange.

La grande force des capitalistes est qu'il ne croit pas un mot de ce qu'ils disent. Ils défendent un système injuste et violent, un système qui repose sur la domination des uns par les autres, qui excite à la compétition et n'est viable qu'en raison des gratifications en terme de puissance sociale qu'il promet aux vainqueurs. Un programme qui peut séduire certains mais qui ne siéra jamais à une majorité, d'où la démagogie dans laquelle les capitalistes sont experts et redoutables. Ils doivent dire n'importe quoi pour justifier les sacrifices, qu'ils n'assument jamais, occasionnées par les ''réformes'', ils doivent promettre la prospérité pour tous pour peu qu'on accède à leurs revendications...Ils peuvent le faire d'autant plus librement qu'ils savent pertinemment qu'une fois enclenché le cercle vicieux de la concurrence généralisée, à l'intérieur des nations et entre les nations, il est quasiment impossible d'en sortir, à moins d'une crise effroyable comme celle de 1929 qui a vu la richesse américaine fondre de moitié en 3 ans et les nazis parvenir au pouvoir en Allemagne.

C'est bien là leur suprême victoire car quel esprit dégénéré appellera de ses voeux un effondrement du même ordre que celui qui a ravagé le monde entre 1929 et 1945 ? Même en étant socialiste on se voit contraint moralement de soutenir le sauvetage par l'argent public de l'économie capitaliste et de tout faire pour empêcher une nouvelle Grande Crise au cas où, parce qu'on ne sait jamais, la crise actuelle des subprimes entraînerait le monde vers l'apocalypse économique annoncée par certains. Le capitalisme produit de la pauvreté mais ce sont encore les pauvres qui ont le plus intérêt à ce que le système qui les écrase se perpétue...

De pareille perversité, qui oblige le martyr à sauver son bourreau, quelle barbarie sourdra ?

Posté par Northmannus à 16:07 - Economie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=421125&pid=8631112

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :