Opinions idiotes

N'importe quoi sur tout et rien...

25 avril 2008

A PROPOS DU RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Les Saints de glace approchent, les salauds, c’est Jean-Pierre Pernaud qui l’a dit —que les Saints de glace approchaient, pas qu’ils étaient des salauds. Pendant ce temps les jupes raccourcissent en toute insouciance et les saisons disparaissent, sont toutes perturbées. D’ici à ce qu’on subisse un nouvel été pourri ! Ce serait vraiment la tuile à cause qu’on risquerait de cailler sous les toiles de tente et ça c’est mauvais pour le tourisme. Jusqu’aux truffes qui s’y mettent, qui rechignent à pousser dans les départements du Sud-Ouest et se développent, dans des proportions modestes, en Touraine et dans le Berry, même dans le bois de Vincennes à Paris, à cause ou grâce l’adoucissement du climat dans le Bassin parisien consécutif au réchauffement climatique global. Même dans ce qu’on nommait l’Outre-mer, à l’époque où les ducs de Normandie régnaient des deux côtés de la Manche, la météo se fait plus clémente, même que dans certains comtés de leur midi (pour le ‘midi’ de l’Angleterre une minuscule est déjà excessive) les Anglais produisent du vin, mousseux à ce qu’il paraît, parce que le climat actuel s’apparente à celui de la Champagne des années 70.

A titre personnel le changement climatique me déplaît en grande partie en raison de l’impossibilité rédhibitoire dans laquelle je me trouve désormais d’exprimer mon opposition ferme à l’intemporelle récrimination qui porte, génération après génération, sur ces fameuses saisons qui ne sont plus. Parce que dans le temps ce n’était pas comme ça, on avait des saisons, le calendrier des postes en faisait foi. Chez nous, du pays situé entre la Bresle à l’extrême nord-est et le Couesnon à l’extrême sud-ouest, c’est-à-dire, pour les Barbares, la Normandie, dans le temps, du temps où on était petit jusqu’au commencement où la lumière fut (dans une conception assez égocentrique de l’histoire de l’univers), on avait des vrais hivers et des vrais étés, puis des vrais automnes et des vrais printemps. Alors, celui dont l’enfance ne se situait pas encore ‘dans le temps’ et qui sortait du lycée, rétorquait que la Normandie est une région de climat océanique, partant instable avec un grand nombre de jours pluvieux, des hivers relativement doux et des étés relativement doux, également susceptibles d’être pourris. Ceux dont la jeunesse se situait ‘dans le temps’ pouvaient renvoyer le jeune idéaliste dans les cordes en rappelant la canicule de 76 et comment ça caillait dans les baraques, la preuve par l’expérience ! La dispute se poursuivait à coups d’arguments subjectivistes comme quoi la rigueur ressentie des hivers d’antan découlait de la mauvaise isolation des maisons, de l’absence de chauffage, du fait que, ‘dans le temps’, on passait plus de temps à l’extérieur qu’à notre époque où les hommes passent le plus clair de leur temps confinés dans des écoles, des bureaux, des usines, des magasins, des appartements ou des pavillons, des voitures, des bus ou des trains, etc. sauf quand ils se font dorer la pilule pendant 15 jours au mois d’août ou quand ils s’accouplent dans les bois ; comme quoi le souvenir de la Canicule monopolisait la mémoire climatique par son caractère exceptionnel, balayant tous les autres étés banalement doux-pourris comme le sont les étés normands la plupart du temps. L’idéaliste inexpérimenté pouvait encore argumenter : « si tu croises 100 supercinq de chez Renault dans la journée tu les oublies aussitôt mais si tu croises une Lamborghini tu t’en souviens », ainsi l’extraordinaire supplante l’ordinaire et finit par l’abolir pour devenir ordinaire, ainsi le discours construit par l’imaginaire recouvre la réalité, ainsi la réalité en vient à ne plus être que le discours porté sur la réalité, ainsi l’impression de réalité ne naît pas de ce qu’on perçoit du monde alentour mais des parcelles du discours que l’on identifie au sein de ce qu’on perçoit du monde alentour : c’est comme ça que les Juifs finissent par avoir réellement des doigts crochus et des gros pifs avant d’aller vérifier que réellement le travail rend libre.

Ne devenons pas les agents de notre propre aliénation, car ça peut nuire gravement à la santé. Et mettons fin au réchauffement climatique pour offrir aux enfants d’aujourd’hui la possibilité, dans une dizaine ou une vingtaine d’années, de vraies disputes constructives avec leurs parents nés dans les années 70 qui, logiquement, devraient commencer d’ici peu à constater que, décidément, « y’ a p’us d’saisons ».

Posté par Northmannus à 16:46 - France - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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