29 février 2008
A propos des élections municipales
La guerre des chefs, des super-chefs et des sous-chefs
Nous allons bientôt procéder à l'élection des conseils municipaux, c'est-à-dire des maires, les conseillers n'ayant d'autre fonction que de consacrer le chef de faction qui les avait nommés en les inscrivant sur sa liste. On appelle ça la démocratie, dans ce que d'aucuns croient pertinent de baptiser "République". C'est ainsi que l'on institue des chefferies moyenâgeuses, des espèces de tyrannies communales. Comme toutes les institutions républicaines les municipalités revêtent une apparence démocratique, une fiction derrière laquelle se développe un pouvoir exécutif hypertrophié associé à une absence totale de contre-pouvoir. Avec comme conséquence de valoriser les tempéraments autoritaires plutôt que les petites natures coopératives d'un côté, les comportements obséquieux et serviles plutôt que l'esprit critique et la capacité à se remettre en cause de l'autre. Il est à cet égard significatif que la plupart des candidats au mandat de maire reprochent au titulaire du poste de se comporter en tyranneau municipal, tout en se gardant bien de dénoncer le système qui produit ces petites tyrannies auxquelles ils aspirent pour leur propre compte.
Lier la désignation du conseil municipal à celle de maire revient immanquablement à abolir a priori ledit conseil. Sachant que le conseil est élu au scrutin de liste majoritaire à deux tours, que la tête de liste de la liste arrivée en tête (!) raflera au minimum les deux tiers des sièges, enfin que le maire est le premier magistrat de la commune, celui qui contrôle tous les pouvoirs, sachant tout cela il est inévitable que l'enjeu se concentre sur les têtes de liste. Les candidats qui accompagnent la tête de liste ne sont donc plus des candidats à part entière mais les colistiers du candidat maire placé en tête de liste, ce qui revient à faire des simples conseillers élus des obligés de monsieur le maire, puisque ils ne doivent leur place qu'à la victoire de ce dernier. Finalement l'élection du maire par le conseil municipal est bien une fiction démocratique, de fait ce n'est pas le maire qui est désigné par les conseillers mais les conseillers qui sont nommés par monsieur le maire qui avait eu la gentillesse de condescendre à les coucher sur sa liste.
Ce système merveilleusement républicain de pouvoir personnel pourrait durer indéfiniment n'étaient les intercommunalités. Celles-ci ont été constituées d'abord dans les grandes villes, dont le territoire excède généralement le périmètre de la commune qui les a vues naître, afin de rationaliser un certain nombre de politiques comme l'urbanisme ou les transports publics. Elles se sont ensuite étendues aux petites villes et aux cantons ruraux à tel point que près des neuf dixièmes des communes sont affiliés à une communauté de communes (généralement des communes rurales ou des petites villes de moins de 100 000 habitants), d'agglomération (la plupart concernent des grandes villes de moins de 500 000 habitants), urbaines (les métropoles de plus de 500 000 habitants). C'est très important les intercommunalités, paraît-il que ça permet de mutualiser les moyens et d'améliorer l'action publique au niveau locale. Des arguments de vente imparables pour camoufler une hausse de l'imposition locale accompagnée d'un accroissement des capacités financières des maires. En transférant des compétences mais pas tous les budgets relatifs, les maires s'octroient ainsi des moyens au service de leur munificence (financée par le contribuable), laquelle bénéficiera à telle association sportive, cultuelle ou culturelle, tel emploi de médiateur pour quelques "jeunes" d'un quelconque quartier, etc.; toutes bonnes actions susceptibles de s'avérer utiles lors d'un second tour qui se jouera peut-être à 2 ou 3 % prêts.
Le hic dans l'affaire, c'est qu'il se trouve des méchants pour médire comme quoi il est absurde d'élire directement des maires qui contrôlent de 20 à 50 % des budgets locaux et pas les présidents de communautés qui gèrent de 50 à 80 % de ces budgets. Sans compter le torchon qui tient lieu à la République de constitution et qui stipule que l'impôt ne peut être levé que par une instance élue au suffrage universel. Argument superfétatoire comme le président de la République vient de nous le rappeler à l'occasion de la censure des articles de la loi sur la rétention de sûreté relatifs à l'effet rétroactif de la mesure. On est quand même en République, la constitution tout le monde s'en tape, l'important c'est ce que veut et décrète le super-chef qu'on appelle président: au pire les ectoplasmes de l'Assemblée et du Sénat rectifieront le torchon. Les principes constitutionnels n'ont pas à troubler le bon fonctionnement des institutions républicaines. Le vrai problème c'est cette superstition indécrottable qui contraint à organiser des élections pour désigner les dirigeants et les législateurs.
Depuis 10 ans l'affaire traînasse. La réforme devait être établie pour les élections de 2001, puis avant celles de 2007 qui se tiennent en fait en 2008 (la République!) mais rien ne point à l'horizon. C'est que c'est pas facile. Que vont devenir les chefs si on élit des super chefs au-dessus d'eux ? Ils vont être malheureux, peut-être même qu'ils vont se laisser mourir. Deux chefs pour une même fonction locale, c'est un de trop. A moins d'organiser des duels de chefs comme dans les westerns, je ne vois pas d'autres solutions. Le pouvoir personnel ne peut pas se partager, ce qui provoque des maux de tête à nos grands féodaux de droite comme de gauche, puisque il est bien entendu qu'il est hors de question de remettre en cause le principe républicain d'attribution à un chef tous pouvoirs sur la collectivité dont il a la charge.
Comme la décision prise à la suite de l'instauration du quinquennat d'organiser les élections législatives juste après la présidentielle, dans l'idée que, fort logiquement, les électeurs se prononceraient au mois de juin dans le même sens qu'au mois de mai, ce qui transforme les députés en obligés du président auxquels ils doivent leur mandat, et comme la réforme des conseils régionaux (réformés sur le modèle très-républicain des municipalités) l'ont montré il y a quelques années ce principe du chef tout-puissant est le fondement de toute gouvernance républicaine. Aucun contre-pouvoir ne doit attenter à la volonté du chef, ni institutionnel ni populaire. Comment faire alors ? Le super chef national qui déciderait d'instituer ces super chefs intercommunaux s'attirera inévitablement les foudres des chefs communaux condamnés à dépérir. Or le super chef national, tout super chef et national qu'il est, n'en est pas moins un grand féodal qui a besoin du soutien de ses féaux régionaux, départementaux, communaux (les plus nombreux) dans la lutte qu'il poursuit contre les autres grands féodaux qui voudraient bien devenir à leur tour super chef national. Décapiter ses vassaux et vavassaux ne me semble pas constituer un moyen efficace de s'imposer dans la guerre de factions à quoi se réduit la "vie politique" française. Quel dilemme!
En m'en revenant de Maastricht
Les Belges grondent, en tout cas le gouvernement, à cause que des gros dégueulasses hollandais, cyniques exploiteurs des bassesses humaines, ont décidé d'ouvrir un supermarché des drogues douces à Maastricht, ville hollandaise frontalière de la Belgique. Ils ont bien raison, les ministres belges, parce que des fois, quand on est un peu partis, on se met à avoir des idées bizarres, éventuellement anti-républicaines. Heureusement que le royaume de Belgique s'agite avant que la République française ne croule suite à une accumulation de délires politiques subséquents à l'inhalation ou à l'ingestion de substances toxiques, toxiques pour le pouvoir des chefs de clan qui se partagent la grande République que nous sommes priés d'adorer.
Pour tout dire il est superflu de se rendre à Maastricht pour trouver la solution au dilemme qui agitent nos chefs: il suffit de supprimer les chefs et leur motifs de querelles. C'est très simple, nul besoin pour ce faire d'une guillotine.
D'abord commencer par liquider les intercommunalités d'une façon simplissime: transformer chaque intercommunalité en commune à part entière, les communes actuelles devenant des arrondissements. Les arrondissements assumeraient les compétences qu'avait conservées les anciennes communes au sein de l'intercommunalité, en supprimant les doubles compétences (genre "la communauté de communes s'occupe de l'habitat d'intérêt communautaire, la commune s'occupe de l'habitat d'intérêt communal") qui existent dans le système actuel au profit de la nouvelle commune élargie, laquelle disposerait seule du pouvoir de fixer et de lever les impôts locaux, les budgets arrondissementaux seraient assurés par des transferts financiers de la commune.
Ensuite rayer du vocabulaire français le mot "maire" en confiant le gouvernement municipal à un conseil exécutif de 5 membres élus au suffrage universel direct par les électeurs de la commune, lequel conseil fonctionnerait de façon collégial sans qu'aucun membre ait la prééminence sur les autres. Créer un véritable conseil municipal indépendant de l'exécutif en procédant de la manière suivante: dans chaque arrondissement serait élu un certain nombre de conseillers (par exemple 1 pour mille habitants, ou pour 10 000, etc. selon la démographie de la commune) qui seraient chargés d'administrer l'arrondissement qui les élit, d'une part, et qui, d'autre part, se réuniraient en séance plénière pour former le conseil municipal chargé de voter le budget municipal, les arrêtés, les nominations de responsables administratifs municipaux, etc. Pendant qu'on y serait on pourrait ramener à 4 ans la durée des mandats, ce qui me semble largement suffisant, et fixer à 12 ans au maximum la possibilité de siéger au sein du conseil exécutif d'une même commune.
Je ne prétendrai pas qu'une telle réforme institutionnelle établirait un système parfait mais au moins qu'il contribuerait à démocratiser les instances locales, en affaiblissant le pouvoir personnel et en diminuant le prestige qui en découle pour ses détenteurs. Un maire tout-puissant et sans opposition peut toujours plastronner et s'approprier les bénéfices du travail de ses sous-fifres, et tout ce qui survient de positif dans la ville même quand ça ne dépend pas de la commune, il peut arroser sa clientèle puisque le conseil lui est soumis et donc le budget. Mais dans un collectif de 5 conseillers exécutifs élus aucun ne peut poser au demi-dieu puisque, si chacun gère tel ou tel secteur de l'administration, les décisions doivent être entérinées par le conseil exécutif; le budget étant voté par une assemblée indépendante le risque de dépenses clientélistes serait tout de même plus faible que dans le système actuel. En outre, partager le gouvernement municipal entre 5 élus contribuerait à désacraliser la fonction exécutive.
12 février 2008
Union, République et Confédération
Le Traité de Lisbonne
La chose européenne est trop sérieuse pour qu'on laisse la population s'en saisir. On, les gens qui savent ce qui est le meilleur pour tout le monde -lesquelles gens, incidemment, appartiennent aux castes dominantes de la société-, qui surtout le savent mieux que tout le monde, ce qui est bon pour tout le monde; "on" a donc décidé de trancher la question du traité de Lisbonne (comprendre le Traité constitutionnel européen) entre gens de bon aloi.
Et pourquoi pas ? Après tout ça n'est pas notre affaire, surtout qu'on est en pleine StarAcademy 7, dont les délibérations encombrent déjà les cervelles populacières. Le peuple étant ce qu'il est "on" sait bien qu'il risquerait de mélanger les enjeux. Ainsi que le rappelait récemment Jean-Louis Bourlanges, un démocrate-chrétien (l'oxymore parle toute seule), sur France 5, les (petites) gens sont incapables de se préoccuper de problèmes ardus comme celui des institutions européennes ou des politiques économiques définies par les traités européens; aussi votent-ils toujours à côté de la plaque, les petites gens, c'est l'évidence: le travailleur tout juste licencié pour empiffrer l'actionnaire votera "non" emporté par sa colère indigne; le supporter de Saint-Etienne votera "non" parce que son équipe vient de se faire torcher en championnat, s'abandonnant lâchement à sa frustration; le partisan de Claire-Marie, éliminée de la Star'Ac, votera "non", par dépit.
Tous les gens qui savent le savent: "l'Europe c'est la démocratie", mais la condition sine qua non de la démocratie européenne c'est l'abolition du suffrage universel. Heureusement que la République (amen) nous protège...Certes, les institutions de la République permettent justement aux gens qui savent de contourner le suffrage universel; il n'empêche, nous devons lui rendre grâce pour la protection qu'elle apporte aux gens qui savent et qui nous gouvernent sans nous demander notre avis pour notre plus grand bien, à nous autres hordes populacières inconscientes et stupides.
Vive l'Europe ! Vive la République ! Et les moutons seront bien gardés.
Le Réglement communal de Sion, en Suisse
Pendant ce temps, dans un pays ravagé par l'obscurantisme et la guerre civile, un méchant pays même pas membre de l'Union européenne et même pas républicain où la misère et la famine conduisent les adultes à dévorer les petits enfants, des crétins finis débattent librement d'une réforme du réglement communal (la constitution municipale en quelque sorte) de la ville de Sion, capitale du Valais. Et ça palabre, "on" se demande bien pourquoi, sur le meilleur modèle de gouvernement municipal. Quelle horreur!
Qu'horrible doit être la vie dans un pays sans gens qui savent. Parce que non seulement ça discutaille devant la valetaille mais en plus ça finit par lui demander son avis, puisque seul un vote des citoyens de la commune peut ratifier la moindre modification du réglement communal, de la même manière que seul un vote du peuple souverain peut réformer la constitution (du canton comme de la Confédération).
Comment peut-on tomber si bas ? Qu'est-ce donc qu'un pays où l'avis de la femme de ménage ou du chauffeur pèse autant que celui d'un des gens qui savent ?
La Suisse est un furoncle purulent en plein milieu de notre belle Europe, ainsi qu'un affront quotidien aux saints principes de la République. Il est temps que cela cesse, au nom de la Paix et de la Démocratie ! Au nom de tous les gens qui savent je le dis hautement.
La vérité est ailleurs
Je conclurai par une question putassière : et si, au lieu d'intégrer la Suisse dans l'Union européenne on intégrait l'Europe dans la Confédération helvétique ?