06 avril 2008
NOUS SOMMES TOUS NOS PROPRES MAQUIGNONS
Celui qui pisse le plus loin
Il y a quelques années le Produit intérieur brut chinois a dépassé celui de la France, comme un symbole du déclin irréversible du pays. Tout le monde s'en fout plus ou moins de la Chine, à plus forte raison qu'elle nous dépasse au plan économique; qui plus est les Chinois sont 25 fois plus nombreux que nous: l'argument du déclin laissa indifférent à cette occasion. Mais le PIB chinois n'est pas le seul qui ait dépassé celui de la France, celui de la Grande-Bretagne aussi, ce qui permet plus facilement la comparaison, vu la proximité géographique, économique et démographique des deux nations.
L'affaire a donc fait quelque bruit. Un doux bruit de bottes bien capitaliste. La perfide Albion repasse devant la France! La chose n'est pas anodine mais pleine de sens. Car cette expansion formidable de l'Angleterre est le fruit des réformes impopulaires engagées par Margaret Thatcher, que la France est supposée n'avoir pas réalisées. La flexibilité du marché du travail, comprendre la précarité pour les travailleurs, les privatisations de tout et n'importe quoi, comprendre pertes d'emploi et de salaires et baisse de l'investissement productif, la libéralisation des marchés financiers: toutes choses que nous n'avons jamais eu le bonheur de connaître. Il est vrai que la France n'est pas allé aussi loin dans ses politiques réactionnaires qui fleurent bon l'avant-guerre, ou plutôt l'avant-reconstruction qui n'avait pas consisté seulement à rebâtir les édifices mais aussi à édifier la Sécurité sociale et à nationaliser une partie de l'économie. Il n'empêche que les réformes menaient en France depuis 25 ans proviennent des mêmes sources que celles imposées par Thatcher, Major et Blair.
Peut-être, justement, est-ce parce que la France est restée au milieu du gué qu'elle patauge dans la crise ? Toujours est-il qu'au cours de l'année 2007 le PIB français est repassé devant le PIB britannique, dans l'indifférence générale, à commencer par celle des médias et des déclinologues. Pourquoi donc un tel silence quand on célébrait bruyamment le dépassement, lorsqu'il marchait dans l'autre sens ? Ce silence a peut-être la même origine que celui qui omet systématiquement de rappeler que le taux de pauvreté britannique a toujours été plus élevé que le français durant ces 25 dernières années; même si l'écart est assez faible il n'en demeure pas moins vrai, malgré le boom qu'est censée avoir connu l'économie britannique et la stagnation qu'est censée avoir subi la française, malgré le "plein emploi" d'un côté et le "chômage endémique" de l'autre. Sans doute sont-ils lotophages ces experts en déclinologie française qui s'esquintent les neurones à essayer de faire comprendre aux ahuris le drame que représente l'expatriation des 200 000 Français de Londres, en oubliant que ça fait maintenant 15 ans qu'on nous rebat les oreilles de ce conte, en oubliant qu'il ne s'agit la plupart du temps que de gens de passage, la preuve en est que malgré le grand nombre de Français qui s'expatrient annuellement outre-Manche le nombre total de Français reste stable. En omettant surtout que la Grande-Bretagne est aujourd'hui le plus grand pays d'émigration parmi les nations développées, ce qui explique également qu'elle importe en si grandes quantités des immigrants, lesquels ne viennent pas occuper les emplois créés par un boom économique purement virtuel mais tout simplement remplacer les travailleurs britanniques qui partent en masse, année après année, s'installer de par le vaste monde anglo-saxon.
Celui qui satisfait ses besoins
Qu'importe, d'ailleurs, que le PIB anglais soit plus gros que le français, ou le français plus gros que l'anglais. Qu'importe les statistiques foireuses et qui ne signifient rien la plupart du temps. En fin de compte c'est toujours et partout les mêmes salades pourries que nous sommes priés de manger poliment: qu'on soit ici un peu plus libéral et là un peu moins ne changera pas grand chose à la réalité de l'économie capitaliste. L'enrichissement national ne signifie rien en soi, il peut reposer sur l'appauvrissement de certaines couches de la population. Il constitue cependant une rhétorique puissante: la croissance qui sauve le monde, un peu comme Bruce Willis. La croissance qui sauvera le monde une fois que les réformes propitiatoires auront abouties : libéralisation et libre échange.
La grande force des capitalistes est qu'il ne croit pas un mot de ce qu'ils disent. Ils défendent un système injuste et violent, un système qui repose sur la domination des uns par les autres, qui excite à la compétition et n'est viable qu'en raison des gratifications en terme de puissance sociale qu'il promet aux vainqueurs. Un programme qui peut séduire certains mais qui ne siéra jamais à une majorité, d'où la démagogie dans laquelle les capitalistes sont experts et redoutables. Ils doivent dire n'importe quoi pour justifier les sacrifices, qu'ils n'assument jamais, occasionnées par les ''réformes'', ils doivent promettre la prospérité pour tous pour peu qu'on accède à leurs revendications...Ils peuvent le faire d'autant plus librement qu'ils savent pertinemment qu'une fois enclenché le cercle vicieux de la concurrence généralisée, à l'intérieur des nations et entre les nations, il est quasiment impossible d'en sortir, à moins d'une crise effroyable comme celle de 1929 qui a vu la richesse américaine fondre de moitié en 3 ans et les nazis parvenir au pouvoir en Allemagne.
C'est bien là leur suprême victoire car quel esprit dégénéré appellera de ses voeux un effondrement du même ordre que celui qui a ravagé le monde entre 1929 et 1945 ? Même en étant socialiste on se voit contraint moralement de soutenir le sauvetage par l'argent public de l'économie capitaliste et de tout faire pour empêcher une nouvelle Grande Crise au cas où, parce qu'on ne sait jamais, la crise actuelle des subprimes entraînerait le monde vers l'apocalypse économique annoncée par certains. Le capitalisme produit de la pauvreté mais ce sont encore les pauvres qui ont le plus intérêt à ce que le système qui les écrase se perpétue...
De pareille perversité, qui oblige le martyr à sauver son bourreau, quelle barbarie sourdra ?
03 avril 2008
LE TOURBILLON DE LA MORT
Des drames vraiment affreux s'apprêtent à déferler sur l'Europe, causant des angoisses apocalyptiques dans les instances européennes et gouvernementales. Une spirale infernale pourrait se déclencher et ravager le continent tout entier, au risque de nous ramener, qui sait ? à l'âge de pierre. Le retour de l'inflation soucie les gens, ce qui tracasse fort la Banque Centrale Européenne et la Commission européenne. Nul n'ignore combien médiocre est la nature humaine, et cupide, toujours vautrée dans la facilité et la paresse tant physiques qu'intellectuelles. Pour qui est capable d'une vision globale des choses, une vision pleinement indépendante, soumise à aucun lobbying ou parti pris idéologique, libre de toute entrave, la réaction imbécile des masses abruties glace d'effroi.
A n'en pas douter la valetaille refusera de perdre son pouvoir d'achat énorme plutôt que de faire preuve de longanimité dans la crise. Ce serait si simple d'attendre, patiemment, que les, il est vrai difficiles, mesures idoines pour résoudre la crise fassent effet. Nenni, la populace furieuse, impropre à maîtriser ses pulsions comme ses émotions, irréductible à la raison, exigera que ses pertes de revenu provoquées par l'inflation soient compensées par des hausses de salaire. Or les gens sont trop payés, surtout les ouvriers et les employés et les fonctionnaires, comme le savent et le professent tous les experts indépendants, toutes les sommités patronales, gouvernementales, tous les présidents de banque centrale et tous les commissaires et le parlement européen et les parlements nationaux et les journaux de référence ; tout ce que l'Europe compte de cerveaux actifs, raisonnés et indépendants sait que les salaires coûtent trop cher aux entreprises, que ça mine la compétitivité.
Voyons comment l'Allemagne s'est redressée : en baissant la fiscalité acquittée par les soi-disant riches et en baissant les salaires ainsi qu'en licenciant massivement les ouvriers locaux pour en réembaucher d'autres, plus à l'est, où les gens sont mal payés. Admirable dévouement du capitalisme allemand qui aide les Européens de l'est à sortir la tête de l'eau en leur fournissant du travail, mal payé certes, même très mal payé. Mais chacun sait que c'est pour leur bien qu'il faut sous-payer les ouvriers et les employés, sinon ils auront la folie des grandeurs et entraîneront la chute de l'économie. Chute justement à craindre avec les tensions actuelles sur les salaires, à l'ouest comme à l'est. Difficile le ministère de l'homme de bien, car il doit agir contre la volonté des hommes méchants et vils afin de leur permettre de vivre le mieux qui soit.
La spirale inflationniste, quelle angoisse ! les effets de second tour, quelle terreur mortelle !
C'est pour leur bien qu'on sous-paye les travailleurs. Parce que les hausses de salaire entament la compétitivité de l'économie. Les prix des produits et prestations se trouvent augmentés, or la concurrence veille, la concurrence qui défend les bons consommateurs pour leur bien en faisant baisser les prix. Car il est essentiel que les prix baissent. Ce qui implique que, pour le bien des petites gens qui n'ont pas beaucoup de sous à cause que la compétitivité l'exige, on diminue les coûts de production, donc les salaires. C'est logique : si on ne baisse pas les salaires des travailleurs ouvriers on ne pourra pas baisser les prix à l'achat pour les travailleurs consommateurs. Etc.
Comme tout s'éclaire : la concurrence fait baisser les salaires ! Et comme les ouvriers et les employés et les fonctionnaires sont stupides il faut les contraindre pour leur bien à se soumettre à une concurrence toujours plus grande. Pour ce faire il existe un truc très pratique : l'ouverture des frontières. Génial le truc ! Quel homme de Néandertal aurait l'audace de pester là contre ? Les frontières c'est caca, ça vous fait comme une prison, c'est oppressant, ça vous fait comme une camisole comme si qu'on était dément, on étouffe, on meurt...Contre l'esprit nationaliste, le libre échange est la solution idéale. Le vrai truc génial avec le truc des frontières caca c'est qu'on n'a même pas besoin de faire soi-même le boulot : il y a plein de couillons "de gauche", mais de toutes les gauches de Delors aux Besancenot, qui font le boulot eux-mêmes et savonnent la planche à toute politique alternative. Faut dire qu'ils sont fortiches, les gens "de gauche", pour te faire des grands discours et comment qu'on est tous des frèreux et comment que les frontières caca elles sont toutes artificielles et que ça fait la guerre et que les petits enfants ils meurent de faim et que les petites madames elles se font violer et que ma tati elle a dit ci et que ma tata elle a dit ça.
Rien de tel que des bons gros couillons "de gauche" pour enjôler le vulgaire avec des grandes phrases et des beaux discours. C'est beau la générosité, surtout quand on fait l'impasse sur le fait que l'ouverture des frontières se fait dans le cadre de l'économie capitaliste, sous la houlette des investisseurs privés toujours à l'affût de profits croissants. C'est un système tout ça : la baisse des salaires, l'écrasement des revenus ne sont possibles que si les frontières demeurent grandes ouvertes, et l'ouverture des frontières ne tient que si on parvient à tirer à la baisse les revenus des ouvriers et des employés et des fonctionnaires. D'où l'angoisse des gens qui savent, des experts indépendants, des commissaires européens, des ministres, des gouverneurs de banque centrale, du président de la Banque Centrale Européenne, etc. car l'argument de la compétitivité à force d'être utilisé finit par devenir dangereux. A force de répéter aux esclaves qu'on ne peut pas les payer plus à cause de la concurrence internationale ils risquent de tourner casaque et de se dire que le libre échange n'a d'autre fin que d'accroître la puissance des classes dominantes et d'enrichir les riches. Que l'ouverture des frontières est une politique violemment réactionnaire, "bourgeoise" aurait-on dit à une époque pas si lointaine.
Voilà pourquoi il faut défendre des hausses massives de salaire et tordre le cou à la modération salariale (si j'étais vilain je dirais à ceux qui la professent, à commencer par les "socialistes"). Une vague de hausse vertigineuse des salaires ferait exploser le système, lequel est tellement profitable à certains, à ceux qui n'ont nul besoin de davantage de revenus si ce n'est pour préserver leur vie de privilège. Travailleurs de tous pays exigez à l'instar des sidérurgistes, des métallo et des foncionnaires allemands des hausses de 5% de salaires : ce sera plus efficace que les beaux discours des idiots utiles d'une certaine "gauche".
28 mars 2008
LA PENSEE MAGIQUE
Un point de croissance vous manque et tout est dépeuplé !
La croissance crée des emplois. La croissance augmente les salaires. La croissance réduit les inégalités. La croissance est une manne pour tous.
Rien n'importe plus que la croissance, en l'absence de laquelle la déprime gagne les esprits et la misère s'étend. Toute mesure propitiatoire doit être tentée pour arracher le pays et ses citoyens, à commencer par ceux qui souffrent, à la stagnation économique, que dis-je à la stagnation, à la récession de l'économie. Comme pour sauver les retraites, il n'est d'autre expédient que le sacrifice et la souffrance de chacun pour que l'Economie prodigue à nouveau sa munificence à une France décadente au bord de rendre son dernier souffle.
Pour sortir de la crise et que les inégalités régressent, que les salaires augmentent, que l'emploi progresse, l'expérience alliée à l'expertise des gens qui savent en attesteront, nulle alternative. Il faut d'abord réduire le train de vie de la collectivité publique : comme l'essentiel de la dépense publique nationale relève de la redistribution sociale (à travers la Sécurité sociale, les politiques sociales mises en oeuvre par les Conseils généraux et les municipalités sans parler de la rémunération des agents publics) nous n'aurons d'autre choix que rogner les pensions des retraités, réduire le nombre de fonctionnaires et le nombre d'emplois aidés, que "redéfinir" la part des dépenses de santé prise en charge par la collectivité (c'est pour 2009, d'après Roselyne Bachelot, ministre de la santé), c'est-à-dire les redéfinir dans le sens de la responsabilisation des individus qui devront payer plus de leur poche afin de sauver la Sécurité sociale. Il faut ensuite lever les obstacles à la croissance que sont l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les grandes fortunes, l'impôt sur les sociétés et la taxation du capital, ce qui revient certes à accroître, avant l'économie, les inégalités sociales puisque, malheureusement, le coût des dépenses sociales restant considérable malgré tout, la dépense publique ne peut être compressée autant que les impôts susmentionnés et qu'il est inévitable, pour sauver la France d'une infamante condamnation par la Commission européenne pour déficit excessif, que la collectivité débusque de nouvelles ressources fiscales en taxant davantage la consommation ; il n'y a pas d'alternative : pour créer les emplois dont les pauvres et les précaires, la populace plus généralement, ont besoin il faut réduire la fiscalité des plus riches et augmenter celle qui frappe les pauvres et les précaires et la populace en général. Il faut enfin, pour faire la croissance revenir dans l'Hexagone, assurer la compétitivité de l'économie française et pour ce faire modérer les coûts salariaux en bloquant les salaires alors même que les dividendes perçus par les bons investisseurs grandissent, grandissent, grandissent...
La croissance, c'est tout bon pour tous ceux qui en prennent plein la gueule quand c'est la crise. Mais pour que la crise cesse et la croissance redécolle il faut au préalable que ces bons bougres en prennent encore plus dans la gueule. Demain, demain la croissance sera là et tout ira pour le mieux. Demain.
Fi des humeurs malignes
Nos doctes professeurs ès réformes nécessaires (pour que les forts soient plus forts, que les prédateurs capitalistes se goinfrent de sang toujours plus) mais douloureuses (pour les proies offertes en sacrifice au Moloch) sont un peu comme les médecins de Molière qui soignaient les maladies en tuant leurs porteurs. A force de saignées prodiguées au nom du rétablissement à venir du malade ces esculapes finissaient par l'occire, lentement, d'épuisement. Les remèdes de cheval imposés au nom du retour de la croissance sont du même ordre ; ils accroissent le mal qu'ils prétendaient guérir et ce pour une raison fort simple : les inégalités sont le produit de l'économie capitaliste, les bas salaires et la précarité sont nécessaires à l'expansion de l'économie capitaliste comme le démontre admirablement l'exemple allemand.
D'aucuns se félicitent du redressement de l'économie allemande, conséquence de réformes courageuses initiées par les socialistes. Les salaires ont baissé, la précarité a explosé, la pauvreté a fait un retour fracassant. Mais aujourd'hui tout va mieux, l'économie allemande est solide, elle résiste à la crise, les entreprises battent des records d'exportation et accumulent les euros dans leurs caisses. Voilà un bel exemple de réformes impopulaires qui portent leurs fruits. Sauf qu'il reste 3 millions et demi de chômeurs et que les problèmes sociaux provoqués par le Parti social-démocrate ne se résorbent en rien. C'est ainsi que les firmes allemandes alignent des profits mirobolants grâce à l'appauvrissement du peuple allemand souhaité et organisé par les sociaux-démocrates. En quoi le retour de la croissance bénéficie-t-il aux millions d'Allemands qui ont basculé dans la pauvreté à cause des réformes pro-capitalistes de M. Schröder ?
En outre, si le grand ami du camarade Poutine a courageusement fait baissé les coûts en baissant les salaires et en appauvrissant une bonne partie des Allemands, de la populace allemande, de ces gens qui ne comprennent rien à l'économie, qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs agios, les entreprises ont utilisé un moyen supplémentaire afin de réduire leurs coûts : la délocalisation en Europe centrale. C'est ainsi que des centaines de milliers de postes de travail ont été transférés dans des pays où les travailleurs jouissent de salaires notoirement insuffisants pour vivre décemment, de pays où le droit du travail est à peu près aussi épais qu'une feuille de papier, de pays où les travailleurs ne sont pas (n'étaient pas à ce moment-là car la situation est en train de changer) en capacité de se défendre collectivement. La clé du succès de l'économie allemande ? La paupérisation des Allemands et l'exploitation éhontée des travailleurs d'Europe centrale.
Où je salue l'implacable lucidité de Margaret Thatcher
Les problèmes sociaux que traversent la France ne sont pas dus au sous-développement de l'économie, pas davantage que les malades soignés par les médecins de Molière souffraient d'humeurs malignes que l'écoulement de sang devait tuer. Au contraire ils sont la conséquence des saignées que les gouvernements de gauche comme de droite imposent à la société à coups de réformes du marché du travail et des assurances sociales, de libéralisation de l'économie et de baisses des impôts directs.
Il est finalement vrai d'affirmer qu'il n'y a pas d'alternative : injustices, inégalités et violences sont consubstantielles à l'économie capitaliste. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'alternative tant que l'on s'enferme dans l'idée que l'économie est nécessairement capitaliste.
Margaret Thatcher avait bien raison : il n'y a pas d'alternative dans l'économie capitaliste. Reste donc à trouver une alternative non pas 'dans' mais 'au' capitalisme...
08 mars 2008
Comparaison n'est pas raison
Qui ne se souvient de la triste et lamentable affaire du Crédit lyonnais ? 130 milliards de francs de pertes, quelle honte ! Que n'a-t-on entendu à propos de l'incapacité de l'Etat à s'investir dans l'économie ? C'est que les errements coupables de la banque supposément publique ont coûté chers aux contribuables français. Devant pareil événement il devient nécessaire d'agir, de réformer, de remettre en cause le modèle obsolète des nationalisations. Si une banque publique se trouve quasiment acculée à la faillite, il est alors évident qu'il faut rompre avec la propriété publique nationale des entreprises bancaires. Car ce n'est pas tant l'entreprise qui fait faillite mais le vieux monde archaïque, le colbertisme, le dirigisme, la socialisation de l'économie.
Au bord du précipice représenté par la gabegie et l'impéritie publiques, point d'alternative. Pour obvier la ruine définitive de la nation, tourner les talons et détaler en sens inverse s'imposent: c'est-à-dire, rendre au marché la gestion entière de l'économie, reprivatiser les banques publiques. Et abolir définitivement toute idée de nationalisation économique. L'Etat est incompétent dans le domaine bancaire, comme en tout domaine de l'activité économique, constatons-le modestement car il faut savoir tirer la leçon de tout échec si l'on veut progresser.
130 milliards de francs soit 20 milliards d'euros, c'est une belle somme en regard des dizaines et des dizaines de milliards d'euros de pertes annoncées par les banques américaines, suisses, britanniques, françaises, allemandes, etc. à l'occasion de l'affaire des subprimes. Par un étrange phénomène acoustique, la petite chanson jouée dans les années 90 au sujet de la nécessité de "réformer" les politiques économiques en liquidant les entreprises publiques, cette étrange chanson semble avoir été oubliée. Nous voilà en présence de plusieurs affaires crédit lyonnais à l'échelle mondiale mais il semblerait qu'aucune leçon définitive ne doive être tirée de la quasi mise en faillite de plusieurs grandes banques internationales dont une faillite réelle aurait des conséquences graves pour toute l'économie.
Certes, une autre petite chanson se donne à entendre, mièvre et sucrée. En effet ç'est pas joli joli, les bêtises aux banques capitalistes. C'est très vilain. Il faut faire quelque chose! "Ethique" susurre doucement à nos oreilles la chanson, "moralisation des affaires"; il ne manque plus que le dernier couplet sur la "responsabilisation des acteurs" et l'affaire sera enterrée, les petits capitalistes qui font mumuse et mettent en danger l'économie du monde pourront reprendre leur petit jeu. Et bien sûr l'Etat sera auparavant passé à la caisse, comme la nationalisation de Northern Rock décidé par le gouvernement britannique nous le montre. Le renflouement de la banque a déjà coûté plusieurs dizaines de milliards d'euros à la collectivité, bizarrement sans que cela émeuve le moins du monde les défenseurs forcenés du contribuable qui vitupéraient, et vitupèrent encore, contre le montant bien moindre d'argent public que le sauvetage du Crédit lyonnais occasionna. Les seuls reproches qu'on ait pu entendre dans la bouche des libéraux intégristes concernent le principe-même de la nationalisation, une odieuse méthode soviétique, et le retour en arrière initié par le gouvernement néo-bolchevique de Gordon Brown, dont chacun sait quelle est la radicalité socialiste.
Bêtement, j'aurais tendance à penser que ces affaires devraient amener les hardis réformateurs (qui savent tirer la leçon des erreurs commises) à mettre en cause la libéralisation des marchés financiers, la libre circulation des capitaux, et toutes les politiques économiques conduites de main de maître, généralement par des gouvernements "socialistes", depuis les années 80, lesquelles sont à l'origine des crises financières à répétition qui secouent les économies, coûtent des sous aux contribuables et minent la croissance qui est censée créer des emplois. Je scrute la télé et le journal, rien ne point à l'horizon. Nulle condamnation du gaspillage d'argent public dû au renflouement de la Northern Rock, et peut-être de quelques autres, tant les banques ne cessent d'annoncer des pertes grandissantes. Nul discours sur les conséquences sociales qu'aura la campagne de fusions interbancaires qui risque de s'engager dans le secteur bancaire allemand, réputé pour le grand nombre de ses entreprises et l'émiettement conséquent de son marché bancaire (c'est très mal d'ailleurs, l'émiettement du marché, comme le disent régulièrement les pages économie du Monde, entre autre, on ne sait pas pourquoi mais c'est très mal). Plusieurs milliers de salariés français furent entraînés dans le naufrage du Crédit lyonnais, combien d'employés des banques allemandes seront quant à eux licenciés quand leurs employeurs commenceront de s'entre-acheter les uns les autres à coups de milliards d'euros?
Le même phénomène se répète toujours. Ainsi l'affaire du comité d'entreprise de Volkswagen. Le responsable syndical de l'entreprise a bénéficié des années durant de cadeaux de la part de l'entreprise, il était corrompu. Aussitôt le scandale dénoncé les tempêtes de la réforme tonnent. L'affaire Volkswagen démontre l'échec de la cogestion des entreprises, en signe la déroute. C'est la preuve qu'il faut en finir avec ces soviets. Quelques anges passent, les affaires de corruption engageant les cadres dirigeants de grandes entreprises allemandes se multiplient mais dans ces cas-là nul propos péremptoire enterrant le mode de gouvernance (pour écrire comme les journaux) des entreprises capitalistes. Il ne s'agit que de cas particuliers, de dévoiements honteux sans conséquence pour le système.
Et ainsi de suite...
27 février 2008
Adresse à la jeunesse, afin qu'elle n'oublie pas
Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Etc.
On ne saurait mieux dire que Charles Aznavour dans La Bohème. Ainsi je me souviens de ce temps pas si lointain de mon enfance, des années 70/80. Et je tremble et frissonne, comme stupide au ressouvenir de nos existences horribles dans la France de cette époque.
Alors nous n'avions pas dans nos poches cette monnaie forte, qui nous rend à tous la vie si douce. A vrai dire nous n'avions rien en poche, hormis quelques très rares privilégiés disposant de quelques francs, qui sous son matelas qui à la banque, pour les gens de la grande ville essentiellement car le mot banque nous était inconnu, à nous autres gens de l'Orne, du Pas-de-Calais ou de l'Ariège. Le franc c'était le sous-développement, les salaires infinitésimaux...Avec l'euro, quelle prospérité! tout a changé. Désormais notre économie n'est plus sujette aux aléas de la conjoncture américaine, nous sommes autonomes au plan monétaire. Avant on disait "quand l'Amérique s'enrhume la France chope la pneumonie". Maintenant ce temps est révolu comme chacun le constate: la crise américaine n'a aucun impact sur les économies européennes et l'euro n'est plus ce jouet pour enfants qu'on appelait le franc, lequel fluctuait en fonction des décisions du président de la réserve fédérale américaine, grimpant quand les Américains voulaient que leur monnaie perdent de la valeur et descendant quand ils souhaitaient leur dollar fort. Alors la Banque de France était soumise au gouvernement et au parlement. L'intrusion des dirigeants élus démocratiquement par la foule hystérique minait sans cesse la santé de l'économie, au détriment des pauvres (qui représentaient bien 90% de la population française). C'était l'horreur, des décisions incohérentes, dues à un mépris absolu de l'intérêt général. Heureusement la Banque Centrale européenne est arrivée pour nous sauver. C'en est fini désormais de la collusion et de la corruption généralisée, la monnaie n'appartient plus à une caste l'utilisant à fin de servir ses seuls intérêts égoïstes. Rationalité, indépendance, impartialité...sont les mots d'ordre de la BCE, des mots qui guident l'action salvifique des grands esprits et nobles âmes régentant la monnaie de l'Europe et de la France.
Et puis, dans le temps, les prix étaient contrôlés, les gens mouraient de faim. A tel point que dans les écoles le gouvernement faisait distribuer des petites briques de lait, pour les enfants (et ils étaient nombreux) qui n'avaient rien à manger à la maison. Pour beaucoup c'était le seul repas de la journée mais cela ne suffisait pas toujours. Tant et si bien qu'il ne nous était pas rare de voir un de nos camarades s'affaissait dans la cour de l'école ou sur son pupitre: évanoui diront les jeunes gens naïfs de nos jours; non, tout simplement morts d'inanition, morts de faim! Tout ça parce qu'à l'époque le commerce n'était pas libre à cause de ce salaud de gouvernement qui voulait tous nous contrôler. Contrairement aux nouvelles générations repues, protégées par les traités européens signés, dans un de leurs trop rares moments de lucidité, par les gouvernants de France (et de Navarre), protégées par les commissaires à la concurrence qui veillent à ce que tout le monde mange à sa faim, contrairement à ces générations heureuses nous souffrîmes et mourûmes en nombre à cause de l'impéritie gouvernementale, de cet odieux contrôle des prix qui n'empêchait même pas l'inflation. C'était affreux.
D'autant plus qu'en ce temps-là de misère noire les dirigeants n'avaient même pas le courage, je ne dis pas de s'opposer, mais simplement de dénoncer les populistes qui exigeaient sans cesse des hausses de salaire afin de compenser l'inflation et même de la surcompenser. Tout ça par amour du fric, du fric, du fric. La conséquence de tout cela n'étonnera personne: explosion du chômage, appauvrissement d'une population déjà exsangue. Aujourd'hui, on a la Banque centrale européenne, avec un gentil président qui dit tout haut ce qu'il doit en être: ne surtout pas augmenter les salaires, sinon ça va ruiner l'économie. En plus il n'est pas tout seul, il est accompagné par des tas d'experts qui causent à la télé, à la radio, qui écrivent dans les journaux et diffusent ainsi la bonne parole: les augmentations c'est juste et bon quand ça concerne les patrons et les actionnaires; c'est l'apocalypse économique quand ça touche les travailleurs. Vive la liberté d'expression, qui n'existait pas "avant", au temps de la pensée unique et du terrorisme intellectuel propagés par les étatistes de tous poils, ordures irresponsables ou tout bonnement stupides sur la conscience desquels pèsent les petits cadavres efflanqués des millions de petits français morts de faim et de fatigue par leur faute.
Morts de faim mais aussi d'épuisement car non contentes de contrôler les prix les ordures voulaient aussi contrôler l'emploi. C'est ainsi qu'à l'époque très peu, trop peu de gens connaissaient le bonheur du travail intérimaire, des contrats de 12 mois renouvelés une fois qui s'arrêtent juste avant qu'ils ne soient requalifiés en contrat à durée indéterminée. Même que dans les entreprises les gens, manipulés par les populistes, faisaient grève pour que les collègues en CDD soient embauchés définitivement. En plus de ça, quand un patron voulait licencier il était contraint de demander l'autorisation à la direction départementale du travail, à cause du contrôle administratif des licenciements. On licenciait quand même, bien sûr, mais c'était désagréable et contreproductif comme chacun le constate aisément en nos jours bénis de flexibilité "gagnant-gagnant". N'empêche que ça entravait l'emploi, le seul résultat c'était 75% de chômeurs (on ne le rappelle pas suffisamment), ce qui contraignait les gens à faire travailler leurs enfants au noir pendant le week-end, la nuit, les vacances scolaires, les plus miséreux en venaient à prostituer leurs enfants voire à les vendre comme esclaves en échange d'un quignon de pain, rassis la plupart du temps.
Et les coupures de courant à cause de ces bons à rien d'EDF, fonctionnaires incapables et toujours malades? Rétrospectivement, on trouve ça drôle. Mais les petits enfants qui se faisaient opérés à vif, because les cons d'EDF n'étaient pas foutus de produire de l'électricité, ces petits enfants-là s'en souviennent, du moins ceux qui n'ont pas agonisé dans d'atroces souffrances, logés dans un clapier à lapin, à cause d'une infection. En effet à l'époque les barbiers opéraient dans les salons de coiffure directement. Faut dire qu'on n'avait pas de forfait hospitalier, ni de franchises ou d'euro non remboursé pour sauver la Sécu. Comme rien n'était fait pour sauver la Sécu, la plupart des gens ne pouvaient pas se soigner et recouraient au rebouteux ou au barbier. C'était l'enfer.
Je ne parlerai pas des frontières fermées qui nous emprisonnaient, surtout les malheureux qui ne pouvaient pas, alors, s'installer en Belgique pour fuir une imposition confiscatoire. Les entraves à la liberté de circulation des capitaux étaient abominables. La finance en était comme paralysée. Et l'économie, à la suite de la finance, tétanisée. Ce qui accentuait encore la misère des populations française et européennes. Ajoutez à cela des méchantes barrières protectionnistes et vous aboutissez à une situation cataclysmique de famine endémique. Je me rappelle qu'à l'école, à cause du protectionnisme et de la famine qui s'ensuivait logiquement, notre jeu favori consistait à nous compter les côtes, qu'on avait très saillantes. Celui qui les avait les moins saillantes on le ligotait dans les toilettes avant la cantine, puis on se partageait sa demie-tranche de pain (la ration quotidienne, si le boulanger avait livré, s'il avait reçu la farine et tout le toutim, à cause des méchantes frontières qui empêchaient le bon fonctionnement du commerce) et son demi-verre de soupe. Des fois, c'est terrible! des fois on poussait le jeu jusqu'à le manger, le "grassouillet", tellement qu'on avait faim.
Heureusement que maintenant on a toutes les libertés, qu'on a l'Europe sans frontières, l'euro, la liberté du commerce, la flexibilité du travail, le libre-échange...Grâce à quoi on vit tous tellement mieux, dans des sociétés plus justes et plus égales, plus humaines en un mot. Tout cela, les moins de vingt ans doivent l'apprendre, afin de ne pas répéter les erreurs du passé, d'un passé épouvantable, qui me glace le sang rien qu'à l'évoquer, moi le chanceux qui ait survécu à cet enfer: l'Etat-providence.
20 février 2008
La stratégie d'entreprise
Les plans de licenciement font partie de la "gestion normale" d'une entreprise, indépendamment de la profitabilité des établissements qui la construisent. C'est ce que nous enseignent les doctes journalistes du supplément économie du Monde. La décision de fermer telle ou telle usine relève de stratégies d'entreprise et non des bénéfices qu'elle produit ou pourrait produire suite à investissements.
De telles affirmations me causent un trouble infini car elles contredisent radicalement les grands discours sur la culture d'entreprise et le sentiment d'identification à l'entreprise qu'elle est censée induire chez le salarié, avec tout ce que ça implique pour ce dernier d'implication dans l'avenir de la boîte à laquelle il s'est attaché. En effet les stratégies d'entreprise sont décrétées sans concertation avec les employés qui n'ont aucune influence sur leurs orientations. De plus ces fameuses stratégies sont susceptibles de changer d'un jour sur l'autre selon le bon vouloir des dirigeants et des investisseurs, que d'aucuns considéreront comme des prédateurs. Et comme il est établi que les fermetures d'établissements n'ont rien à voir avec des problèmes économiques qu'ils rencontreraient, il est rigoureusement impossible pour les travailleurs de se projeter dans l'avenir et absurde d'invoquer l'esprit de responsabilité des salariés pour leur faire avaler les politiques de modération salariale qui plaisent tant au parti socialiste quand il gouverne, par exemple.
De fait les travailleurs n'ont aucune visibilité de l'avenir à long et moyen terme, voire à court terme, de l'entreprise qui les embauche. Ils ne sont pas partie prenante aux décisions quant à la stratégie d'entreprise. En conséquence de quoi les travailleurs ne sauraient être investis d'un quelconque esprit de responsabilité relativement à la situation économique de leur entreprise. Autrement dit les travailleurs doivent renoncer à toute considération quant à leur devenir personnel dans l'entreprise, puisque plus rien ne peut objectivement assurer la pérennité de leurs emplois, même des profits mirobolants.
Il est inutile de s'inquiéter d'événements sur le déroulement desquelles nous n'avons aucune influence. Ainsi le cas des personnes qui sont mortes d'angoisse quand elles prennent l'avion sera considéré comme pathologique: quand je sois indifférent ou que je me préoccupe du bon déroulement du vol ne changera rien au résultat final, quelqu'il soit. Nous sommes, travailleurs, dans l'entreprise capitaliste comme les passagers dans l'avion: que nous soyons indifférents ou que nous nous préoccupions du devenir de l'entreprise ne changera rien au résultat final. Il nous faut donc, en toute logique, nous préoccuper uniquement de notre confort immédiat dans l'entreprise sans jamais nous inquiéter ou même nous intéresser à un avenir qui n'est pas notre affaire.
Pourquoi travailler si ce n'est pour gagner de l'argent et profiter de la vie ? Puisque nous travaillons pour notre seul intérêt ou, plus exactement, puisque les stratégies d'entreprise nous renvoie à nos seuls intérêts privés, il est donc évident que les seules choses qui doivent nous intéresser dans notre relation au travail sont les conditions de travail, les avantages sociaux et la rémunération. Et cela sans tenir aucun compte de la situation économique de l'entreprise. Le fait que l'entreprise est censée traverser des difficultés voire être au bord de la faillite ne change rien au montant du loyer ou des sports d'hiver, qui sont les seuls éléments nous concernant, comme nous le rappellent inconsidérément les doctes journalistes économiques : ce sont ces éléments et ces éléments seuls qui doivent servir de base aux revendications des travailleurs et pas une entreprise qui est un corps étranger et sur le devenir de laquelle nous n'avons aucune influence.
L'esprit d'entreprise est irrationnel, de même que penser à long terme. La seule attitude digne d'un être doué de raison consiste donc à raisonner exclusivement à court terme et à exiger chaque année, par exemple, 10% d'augmentation de salaire, même si l'entreprise annonce des pertes abyssales; cela consiste à profiter au maximum de ses avantages sociaux, tels les journées d'enfants malades pour ceux qui en ont la possibilité, et d'en exiger toujours davantage, même si le travail a six mois de retard; cela consiste à ne jamais faire d'heures supplémentaires, même si autrement l'entreprise risque de perdre un contrat dont le renouvellement coïncidera peut-être au licenciement des imbéciles qui se tuent au travail; etc. Et pour obtenir ou conserver tout cela il faut retrouver le sens de la grêve, de la grêve dure et longue qui paralyse totalement l'entreprise sans se laisser obnubiler par la peur d'un chômage de toute façon, qui viendra quoiqu'on fasse ou dise.
Cela dit on peut aussi être un con, bosser pour Airbus, refuser de se battre pour son gagne-pain au nom de l'intérêt supérieur d'une entreprise ("si on bloque les usines "on" va perdre des commandes") qui licencie en masse au nom d'une stratégie qui ne manquera pas de mener à de futurs plans de licenciement, et regarder l'air niais les actionnaires se foutre 100 millions d'euros dans les poches quelques semaines après que le PDG d'Airbus a laissé entendre que la boîte était quasiment ruinée pour justifier un dégraissage abusif soutenu, pour d'obscures raisons par le syndicat majoritaire...Sont tellement cons les gars et les filles d'Airbus que six mois plus tard ils étaient fiers du décollage du premier A380!
La seule solidarité qui vaille est celle qui unit les travailleurs entre eux, la culture d'entreprise et l'esprit de responsabilité sont le fait des esclaves (ou des cons qui bossent à Airbus).
La seule responsabilité qui vaille est celle qui concerne les événements, les paroles, les idées, qui dépendent de moi, se préoccuper, se sentir comptable du devenir ou de la situation d'une entité extérieure est le fait des aliénés (ou des cons susdits).
16 février 2008
Panurge, Mitrhidate et Tartuffe, dernière partie
Un peu de poison chaque jour
Les émoluments des grands patrons choquent, de même les élucubrations de madame Parisot. De moins en moins, au fil du temps on s'habitue; à force l'habitude abolira l'indignation et l'on en viendra même à se faire du souci pour ces braves gens quand on apprendra qu'à la suite de telle ou telle crise ils auront perdu 5% de leurs énormes revenus. Un jour sans doute assez proche non seulement la cupidité insatiable de la caste grand-patronale ne dérangera plus personne, mais on sera même horrifié à l'idée que ces surhommes puisse gagner moins de mille fois le salaire minimum.
Il en est ainsi en toutes choses. En distillant à petites doses leurs saloperies les capitalistes rencontrent l'opprobre et la calomnie. Cela importe peu car si à fortes doses leurs exactions criminelles risqueraient de susciter la révolte, à faibles doses elles provoquent juste de l'indignation. Une réaction politique du peuple serait périlleuse mais la somme des réactions morales d'une multitude d'individus restera toujours sans effet. La morale est inopérante en matière économique: ses belles phrases glissent sur les réalités économiques comme la pluie sur une matière hydrophobe. De plus la morale est sans force ni constance; elle s'épuise devant le spectacle d' une injustice toujours recommencée et finit par disparaître. Tout le génie des capitalistes réside dans cet art d'immuniser progressivement les hommes contre l'indignation que suscite en la plupart d'entre eux le spectacle de pratiques injustes et brutales, induites très consciemment par une rapacité sans limite et le plaisir sordide de la domination.
Qui s'étonne que Mittal s'apprête à licencier 600 ouvriers alors que le groupe a engrangé 6 milliards d'euros en 2006 et 8 milliards en 2007 ? Qui s'étonne de voir Michelin ou Unilever agir de même ? Il suffit de comparer la réaction de l'opinion à ces licenciements sans aucun fondement à celle provoquée par les dégraissages de danone il y a moins de 10 ans pour admirer le travail de sape moral et politique à quoi aboutit la mithridatisation générale.
Le valse des hypocrites
L'indignation morale ne sert à rien pour lutter contre la barbarie capitaliste, seule une réponse politique sera utile. Dans ces conditions les belles paroles de politicards de gauche se contentant de dénoncer sans rien proposer de sérieux ne doivent susciter que de l'indifférence. En fait, le refus obstiné d'envisager des réponses aux proatiques abusives du patronat signe la trahison. Le parti socialiste, en agissant de la sorte, ou plutôt en refusant d'envisager toute action efficace, se montre dépouillé de ses oripeaux prétendument socialistes et découvre ce qu'il est: un ramassis d'hypocrites courant la prébende, un parti de droite qui ne se distingue du sarkozysme que par son relatif libéralisme en matière de moeurs.
Car, sans aller jusqu'à fusiller les patrons voyous chers au président Sarkozy, il est tout à fait possible d'octroyer aux organisations syndicales un droit de veto sur les plans sociaux, au moins dans les entreprises bénéficiaires, obligeant ainsi les entreprises en question à négocier véritablement, et non à imposer un diktat, les modalités des licenciements: armés de ce droit de veto les syndicats se trouveraient placés dans une position d'égalité vis-à-vis du patron, étant entendu que l'entreprise serait contrainte de verser les salaires tant qu'un accord n'aurait pas été signé et ce sans limitation dans le temps. Ce droit de veto pourrait être accordé aux syndicats concernant la politique salariale de l'entreprise.
Je ne vois rien dans cette proposition qui soit attentatoire au sacro-saint prinicpe de la propriété privée des moyens de production, chère à la République et à l'Europe. Par contre le droit de veto constituerait un puissant moyen d'égalisation du rapport de forces entre les actionnaires et les travailleurs, et ça, assurément, c'est attentatoire aux principes républicains et européens auxquels les "socialistes" sont tellement attachés.
14 février 2008
Panurge, Mithridate et Tartuffe, première partie
Les moutons de Panurge ont viré carnivores
Les grands patrons, qui dirigent les cent plus grandes entreprises françaises, sont des êtres d'un talent exceptionnel; la mondialisation permet aux hommes de génie de sauter par-dessus les frontières, il est donc légitime et nécessaire de satisfaire les revendications sociales de la caste grand-patronale: voilà les arguments qu'opposent Laurence Parisot (http://jt.france2.fr/20h/index-fr.php?jt=1 : neuvième sujet) aux fâcheux qui s'offusquent du niveau vertigineux qu'atteignent désormais les rétributions des demi-dieux qui président aux destinées des multinationales. L'argument massue cloue le bec à l'intervieweur évanescent: la situation est la même dans les autres pays européens.
Ainsi donc il est légitime qu'un super patron gagne jusqu'à dix millions d'euros en une année, en raison de l'excellence du travail accompli. Dix millions, voilà qui représente 830 mille euros par mois, soit, en comptant deux cents heures de labeur mensuel, 4 150 euros de l'heure, ou encore 70 euros la minute, à peu près 1 euro la seconde. La journée d'un smicard lui rapportant autour de cinquante euros, cela signifie que, selon le raisonnement de madame Parisot, un président de grande entreprise crée autant de richesses toutes les cinquante secondes qu'une caissière ou une vendeuse en une journée entière de travail.
Ma cervelle de moineau peut comprendre, au risque d'une congestion mortelle, que présider une grande entreprise nécessite des qualités et des compétences autrement supérieures à celles mises en oeuvre par le blogueur de céans. Mais personne ne peut croire que le super patron participe mille fois plus qu'un smicard à la création de richesse. Qu'un écart de rémunération soit de l'ordre de un à deux, de un à trois, voire de un à cinq, peut se concevoir: l'ingénieur participe peut-être davantage au bon fonctionnement de la machine que le technicien, par l'étendue de ses connaissances et leur spécificité, et peut-être cela justifie-t-il que celui-là soit mieux payé que celui-ci; idem pour la relation du technicien à l'ouvrier. Ce qui est certain c'est que nul n'est capable de démontrer qu'objectivement et effectivement le super patron participe mille fois plus que l'ouvrier spécialisé à la bonne marche de l'entreprise. Comme l'avoue implicitement la patronne des patrons il n'existe aucun instrument scientifique afin d'estimer les participations respectives du super patron et du smicard à l'enrichissement de l'entreprise.
L'ouverture des frontières permet aux génies qui dirigent les grandes entreprises de France de partir exercer leurs talents pour le compte d'entreprises étrangères. Cyniquement on s'inclinera devant la crainte de voir ces surhommes véritables aller s'employer à la prospérité britannique ou allemande. Car sans eux, l'économie française s'effondrera faute de conducators compétents. Et le smicard deviendra chômeur, autant dire qu'il sombrera dans l'indigence tant la richesse nationale aura fondu jusqu'à entraîner la faillite de la Sécurité sociale et de l'Etat. Ainsi donc il est établi que le smicard a intérêt à ce que son patron gagne mille fois son salaire, même si rien ne justifie un tel écart. Le cynisme un peu simple de madame Parisot est assez peu convaincant. Il ne semble pas, en effet, que la caste grand-patronale française suscite la convoitise du reste du monde, contrairement aux ingénieurs et scientifiques français qui rencontrent un succès grandissant hors nos frontières ouvertes. Par ailleurs, rien ne prouve que le nombre d'individus aptes à présider une grande entreprise soit aussi restreint que l'affirme candidement la philosophe du Medef. Nos surhommes sont-ils tels en raison de leurs qualités individuelles, tellement rares bien sûr, ou simplement parce que les élites économiques françaises forment un petit milieu pratiquant le protectionnisme social, un petit milieu clos sur lui-même et solidaire interdisant l'entrée aux talentueux qui n'ont pas la carte ? L'esprit de caste des élites économiques, empêchant la concurrence dans l'accès aux hautes fonctions qu'elles accaparent, n'est-ce pas justement cela qui leur permet de s'octroyer des rétributions extravagantes ?
Reste le panurgisme européen en vogue. Les patrons français ne font que se mettre au niveau de leurs homologues européens, quoi de plus normal ? Qu'opposer à une telle puissance de feu ? Oserai-je pointer la contradiction qu'il y a à, d'abord, affirmer avec force que les augmentations royales de nos grands patrons sont liées uniquement à leurs qualités individuelles et qu'on doit surtout éviter qu'ils ne s'expatrient dans l'intérêt supérieur de la nation, pour finir par expliquer qu'en fait ils sont tout simplement comme tous les grands patrons. Cela dit, si tous les patrons européens se valent que nous importe que nos surhommes se barrent en Allemagne: le nombre de grandes entreprises européennes étant à peu près stables d'une année sur l'autre, si les surhommes français vont piquer leur place aux surhommes teutons, ces derniers traverseront le Rhin en sens inverse; comme madame Parisot affirme que les super patrons français ont la même valeur que les super patrons allemands, nous n'y perdrons rien au change. De sorte qu'au bout du compte, dans une perspective européenne, l'argument panurgique se retourne contre son utilisateur et permet d'envisager finalement une baisse drastique des rémunérations des dirigeants des entreprises européennes: s'ils sont interchangeables à l'infini, les super patrons européens, il n'y a plus de concurrence.
La vérité sort de la bouche des enfants
A entendre l'argumentaire de la fille Parisot, héritière des entreprises de papa, il semblerait que rien ne distingue un grand patron d'un mafieux ou d'un truand. L'argent ! L'argent ! L'argent ! Voilà leur seul et unique carburant. La bourse ou la vie ! Voilà leur seul argument, aussi nul que pathétique.
Les grands patrons sont des Tony Montana en costards-cravates. A la différence toutefois que la République et l'Europe envoient les seconds en prison (ce en quoi elles ont bien raison) alors qu'elles protègent les premiers -je me demande bien pourquoi...